L'imam de Molenbeek appelle au calme

Cheik Mohamed Toujgani, l'imam marocain de l'une des plus importantes mosquées de Bruxelles, la mosquée Al Khalil, a appelé vendredi à l'heure de la prière ses fidèles à «ne pas laisser exploser la colère» après la parution dans plusieurs journaux européens de caricatures du prophète Mahomet.

Christophe Lamfalussy

Cheik Mohamed Toujgani, l'imam marocain de l'une des plus importantes mosquées de Bruxelles, la mosquée Al Khalil, a appelé vendredi à l'heure de la prière ses fidèles à «ne pas laisser exploser la colère» après la parution dans plusieurs journaux européens de caricatures du prophète Mahomet.

Dans une prédication enjouée, rythmée par les murmures et quelques «Allah Akbar» d'un millier de fidèles, il a à la fois dénoncé l' «insulte» que représentent ces caricatures, exhorté à écrire des lettres aux ambassades des pays concernés et appelé au calme car, dit-il, «il y a un risque de poudrière».

Le prêche, qui a duré un bon trois quarts d'heure, était dit en arabe, puis traduit succinctement en français.

«La liberté d'expression ne permet pas de toucher à la dignité de chacun... Ou, alors, faut-il considérer les musulmans comme des orphelins?, a-t-il dit. Certains veulent manifester. Nous ne voulons pas d'un excès d'émotivité. Nous sommes incapables de changer notre réalité. Prenons le temps de méditer. La défaite doit devenir une victoire. Montrons notre foi», a ajouté l'imam de Molenbeek, par ailleurs président de la Ligue des Imams de Belgique.Sept associations ont signé un texte reprenant les mêmes thèmes. Il a été lu vendredi à la mosquée Al Khalil et dans près de 400 mosquées de Belgique. Les imams belges ont aussi écrit aux autorités européennes pour leur demander «une loi qui interdise que l'on touche à toute religion». Les musulmans d'Al Khalil estiment, en effet, que les caricatures danoises sont une provocation qui concerne tous les croyants. «C'est une insulte à tous les musulmans, nous dit Cheik Toujgani, et de façon plus large, à l'humanité entière. Car l'humanité se réunit autour des prophètes. Et Mahomet est l'un des prophètes qu'Allah a choisis.»

Dans un ancien entrepôt

Al Khalil est située rue Vanderstraeten à Molenbeek, dans un entrepôt racheté il y a cinq ans et aménagé. Le sol est froid malgré le tapis qui le recouvre. De la cabine de sonorisation, on peut enregistrer la prière et la diffuser sur le Net. Le vendredi, les plus croyants font cinq prières. Les femmes se contentent d'une seule prière dans un bâtiment séparé, rue Delaunoy.

Depuis les attentats de 2001, affirme un jeune prédicateur, «de nombreuses personnes se sont converties. Je ne soutiens pas le terrorisme, mais c'est un fait». Ismail, qui se définit comme «homme de foi», a 23 ans et s'est donné pour mission de ramener les jeunes de Molenbeek à la mosquée. Il a envoyé plus d'une centaine de SMS à ses connaissances pour les mobiliser dans cette affaire.

Parmi les fidèles, la colère est évidente, mais elle est rentrée. «On y pense pendant deux jours, puis on passe à autre chose», dit l'un d'eux, philosophe. «Les gens se sentent blessés. Heureusement que la Belgique n'a pas embrayé», dit un autre.

Les sourates

L'interdiction de la représentation de Mahomet est contestée par certains spécialistes de l'islam. Il existe également des souvenirs de la vie du prophète. Ainsi les sandales et même les cheveux de Mahomet sont exposés à Istanbul dans l'ancien trésor de l'empire ottoman.

L'imam de Molenbeek, lui, plonge dans le Coran pour en extraire les sourates qui justifient une interprétation plus rigoriste. L'une d'elles promet «un châtiment avilissant» à ceux qui injurient Allah et son prophète. Une autre promet de «culbuter» les mécréants.

Faut-il alors «culbuter» les journalistes des médias qui ont publié ces caricatures? Non, répond Ismail, car on ne peut pas appliquer les lois du Coran à ceux qui ne croient pas. «Vous n'êtes pas musulmans, dit-il, mais à partir du moment où vous reconnaissez l'islam comme une religion officielle, vous devez respecter ses fidèles.»

© La Libre Belgique 2006

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