Une colère largement partagée dans le monde

CHRISTIAN LAPORTE

ÉCLAIRAGE

Le clip fait actuellement le bonheur des internautes qui se le transmettent en «pièce jointe» : un Jésus plus vrai que nature chante «I will survive» de Gloria Gaynor avant de se faire happer dans son élan par un bus britannique...

Hautement irrévérencieux pour ne pas dire franchement blasphématoire pour le croyant... et pourtant, jusqu'ici, personne du côté des chrétiens ne s'est élevé pour le condamner. Il est vrai que ce genre de caricature est largement banalisé aujourd'hui: la religion est une cible de choix pour les chansonniers et les satiristes de tous poils. Elle est aussi raillée au cinéma et depuis pas mal de temps déjà, que l'on se souvienne de «La vie de Brian» des très iconoclastes Monty Pythons... En outre, nombre de publicités détournent le message chrétien sans pratiquement de réaction des autorités religieuses, malgré les pressions des intégristes.

Révolution des esprits

C'est dans l'air du temps: depuis 1968, il est interdit d'interdire mais il y a surtout eu une révolution des esprits, liée à la mise en avant de la liberté d'expression et de la liberté de conscience.

Un retour de balancier logique après la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Reste que d'aucuns se demandent si on n'est pas allé trop loin. Le P. Pierre de Charentenay, sj, rédacteur en chef de la revue «Etudes», ne s'offusque plus guère de la dérision contre le clergé et les institutions ecclésiales mais précise qu' «on ne peut pas traiter n'importe comment ce qui constitue le fondement de la foi de millions de croyants». Une approche partagée par les autres branches de la famille chrétienne même si du côté orthodoxe, l'on semble moins ouvert à ce genre d'ouverture.

De Rushdie à Nasreen

Dans la religion juive, il est interdit, comme on sait, de représenter Dieu et, par extension l'homme mais là aussi les temps changent puisqu'un artiste comme Chagall a pu rompre ce tabou. Et puis, on rappellera quand même que l'humour juif prend souvent pour cible les rabbins et même les plus éminents personnages de la Torah.

Force est de constater que l'islam ou du moins un certain islam n'admet pas la dérision voire même pas une lecture différente des textes saints. C'est ce qui a valu des «fatwa» à Salman Rushdie pour ses «Versets sataniques» et à Taslima Nasreen pour son roman «La Honte». Sans parler de Theo Van Gogh, le cinéaste néerlandais pour «La soumission». Si pour les précités, l'on peut parler d'audaces théologiques, la présente querelle ne porte que sur la représentation du Prophète. Un «que» cependant lourd de conséquences...

© La Libre Belgique 2006