La colère monte en Egypte après le naufrage du ferry

"C’était comme le ’Titanic’ en flammes". D’après les rescapés, un incendie avait éclaté à bord du ferry qui a sombré en mer Rouge, laissant plus d’un millier de disparus. Au lendemain du drame, des centaines de personnes ont tenté samedi de forcer les cordons de police à l’entrée du port égyptien de Safaga, laissant éclater leur colère face au manque d’informations sur le sort de leurs proches.

AP
La colère monte en Egypte après le naufrage du ferry
©AP

"C’était comme le ’Titanic’ en flammes". D’après les rescapés, un incendie avait éclaté à bord du ferry qui a sombré en mer Rouge, laissant plus d’un millier de disparus. Au lendemain du drame, des centaines de personnes ont tenté samedi de forcer les cordons de police à l’entrée du port égyptien de Safaga, laissant éclater leur colère face au manque d’informations sur le sort de leurs proches.

Le ferry "Al-Salaam Boccaccio 98" a sombré dans la nuit de jeudi à vendredi alors qu’il acheminait passagers et véhicules du port saoudien de Doubah à Safaga de l’autre côté de la mer Rouge.

Le navire a apparemment coulé brutalement alors qu’aucun signal de détresse n’avait été reçu. Les secours saoudiens et égyptiens ont pu sauver au moins 376 personnes, selon les autorités des deux pays.

Le ferry transportait 1.312 passagers, dont 1.200 Egyptiens et 99 Saoudiens ainsi que 96 membres d’équipage, selon le patron de la compagnie de transport maritime Al-Salaam, Mamdouh Ismaïl. Près de 24 heures après le naufrage, des centaines de personnes restaient portées disparues, tandis que plus de 185 corps avaient été repêchés, selon les autorités.

A Safaga, où les secours ramenaient des rescapés, les autorités portuaires n’avaient encore distribué aucune liste de survivants. N’en pouvant plus, la foule des proches massée devant les grilles du port a tenté de forcer les cordons de policiers anti-émeute. Certains ont jeté des pierres sur les forces de l’ordre qui ont répliqué par des jets de gaz lacrymogène.

Une femme à bout de nerf frappait à la grille métallique de l’entrée du port. "Personne ne nous dit rien", dénonçait Chaaban el-Qott, venu de Qena dans le sud du pays. Après avoir passé la nuit à attendre, il ignorait toujours si son cousin avait pu être sauvé. "Tout ce que je veux savoir c’est s’il est vivant ou mort". D’après les témoignages des rescapés, un incendie avait éclaté à bord avant le naufrage et une explosion a été entendue avant que le ferry ne sombre. Plusieurs ont dit que le feu avait commencé environ une heure et demie après le départ, mais que le navire avait poursuivi sa route.

D’après le gouverneur Bakr el-Rachidi, alors que l’équipage luttait contre l’incendie, "le navire a penché, le vent soufflait très fort, et les gens se sont massés sur un côté et tout cela a fait couler le bateau. Ca c’est passé tellement vite".

Le ministre égyptien des Transports, Loutfi Mansour, a précisé que les enquêteurs tentaient de déterminer si ce "petit" incendie avait abouti au naufrage. Il a démenti que des explosions soient survenues. "Le feu a pris sur la zone de parking où se trouvaient les automobiles", rapportait un passager rescapé Ahmed Abdel Wahab, 30 ans, un Egyptien travaillant en Arabie saoudite. "On a dit à l’équipage: ’il faut faire demi-tour, lancer des appels à l’aide’, mais ils ont refusé et dit que tout était sous contrôle". D’autres passagers situait l’incendie dans la salle des machines ou dans une zone de stockage.

Ahmed Abdel Wahab a raconté à l’Associated Press que lorsque les passagers ont commencé à paniquer "des membres d’équipage ont enfermé des femmes dans leurs cabines". "Au bout d’un moment, le bateau a commencé à gîter et ils n’arrivent pas à maîtriser le feu.

Ensuite on a entendu une explosion et cinq minutes plus tard le navire a coulé". Ahmed, un professeur d’arts martiaux, a passé 20 heures en mer. D’abord agrippé à un tonneau, il a récupéré un gilet de sauvetage sur un cadavre avant d’être hissé sur un navire de secours.

Le président Hosni Moubarak, accompagné du chef du gouvernement Ahmed Nazif et de quatre autres ministres, s’est rendu samedi au chevet de rescapés dans les hôpitaux de Hourghada, à environ 60km au nord de Safaga.

Parmi les survivants arrivés peu avant l’aube à Hourghada, enveloppés dans des couvertures, souvent pieds nus, parfois sur des civières, beaucoup hurlaient leur colère devant la lenteur des secours. "Ils nous ont laissé dans l’eau pendant 24 heures. Un hélicoptère a fait des tours au-dessus de nous, on a fait des signes et ils nous ont ignoré", criait un rescapé. "Nos vies sont celles qui valent moins dans le monde", lançait un autre.

D’après un porte-parole du président Hosni Moubarak, Souleïman Awad, le ferry ne disposait pas d’assez de canots de sauvetage. Des doutes demeuraient sur la sécurité de ce navire vieux de 35 ans qui transportait 220 voitures en plus des passagers. Le temps a pu aussi jouer, des vents violents et une tempête de sable ayant balayé dans la nuit la côte ouest de l’Arabie saoudite.

Selon l’agent en Arabie saoudite de la compagnie maritime Al-Salaam, Farid al-Douadi, le ferry pouvait transporter 2.500 passagers. Mais le site Web de la compagnie parle d’une capacité de 1.487 passagers.