Le Monde publie deux caricatures, Libé et El Pais interdits au Maroc

Le quotidien français Le Monde a publié samedi, dans son édition datée de dimanche et lundi, deux des douze caricatures dont la publication le 30 septembre par le quotidien danois Jyllands-Posten, sous le titre «les visages de Mahomet », a entraîné une controverse.

Le Monde publie deux caricatures, Libé et El Pais interdits au Maroc
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AFP

Le quotidien français Le Monde a publié samedi, dans son édition datée de dimanche et lundi, deux des douze caricatures dont la publication le 30 septembre par le quotidien danois Jyllands-Posten, sous le titre «les visages de Mahomet », a entraîné une controverse.

L’une des caricatures choisies ironise sur les auteurs d’attendats-suicides, auxquels Mahomet demande d’arrêter car il y a «rupture du stock de vierges ».

L’autre montre le visage stylisé du prophète formé d’une étoile et d’un croissant verts. Ces deux dessins avaient déjà été publiés vendredi par le quotidien Libération.

Rappelant la genèse des «douze dessins qui ébranlent le monde musulman » dans sa page consacrée à la «fabrique de l’info », Le Monde note que le Danemark est aujourd’hui «complètement dépassé par cette affaire » et que les dessinateurs concernés «sont anxieux, nerveux ».

Le Monde avait pris jeudi, dans son édition datée de vendredi, par un dessin de Plantu à la Une et un éditorial intitulé «Caricatures libres », la défense du droit de publier des caricatures, y compris sur des thèmes religieux.

Sous le titre «Islam: les caricatures de la discorde », Plantu avait calligraphié le visage de Mahomet, en utilisant uniquement la phrase manuscrite «Je ne dois pas dessiner Mahomet » plusieurs fois répétée.

Les dessins ont provoqué une polémique mondiale sur la liberté d’expression et le respect des religions, la communauté musulmane jugeant ces caricatures blasphématoires et humiliantes.

Par ailleurs, les éditions de vendredi des journaux espagnol El Pais et français Libération ont été interdits de vente au Maroc pour avoir publié des caricatures du prophète Mahomet, a indiqué samedi à l’AFP un responsable du ministère de la Communication à Rabat.

«Ces deux journaux ont été interdits d’entrée au Maroc à cause de caricatures portant atteinte au prophète », a-t-il indiqué.

«Les services de douane ont reçu des instructions pour interdire l’entrée sur le territoire national de toute publication susceptible de porter atteinte à l’ordre public », a-t-il ajouté.

Le journal français Le Monde avait décidé de ne pas envoyer son édition de jeudi au Maroc après avoir appris qu’il ne serait pas distribué dans le royaume à cause d’une caricature.

Le quotidien France Soir du 1er février avait été interdit de vente à cause de «la publication de caricatures du prophète sous des prétextes fallacieux de la défense de la liberté de la presse », avait indiqué le ministère de la Communication dans un communiqué. En Afrique du Sud, dans une décision rendue vendredi soir, la Haute cour de Johannesburg a interdit aux principaux groupes de presse sud-africains la publication des caricatures controversées, a annoncé à l’AFP Ebrahim Bham, porte-parole du Conseil des théologiens musulmans.

«Nous sommes allés en justice car (...) ces dessins et ces caricatures du prophète Mahomet sont blessants pour les musulmans à travers le monde », a-t-il expliqué.

«Ils ont offensé la sensibilité religieuse des musulmans. Nous avons donc décidé de mener toutes les actions possibles pour éviter que ce genre de chose arrive en Afrique du Sud », a-t-il expliqué.

Le rédacteur en chef du Sunday Times, Mondli Makhanya, a indiqué que son journal, qui avait été contacté par l’organisation musulmane sur ce sujet, avait l’intention de contester cette décision en justice.

«Nous considérons qu’il s’agit d’une sérieuse atteinte à la liberté de la presse », a-t-il déclaré, cité par l’agence Sapa.

Makhanya a précisé que son journal avait reçu un courrier de la part du Conseil des théologiens musulmans lui demandant de s’engager à ne pas publier les dessins et qu’il avait refusé de prendre un engagement en ce sens.

«Nous considérons que si nous avions pris un tel engagement, nous nous serions exposés à d’autres demandes ou menaces de la part de quiconque qui se sentirait offensé par les articles que nous publions », a-t-il ajouté.


Le Jordanien qui a publié les caricatures a été arrêté Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire jordanien Shihane qui a publié les caricatures controversées de Mahomet a été arrêté samedi, et le procureur général a ouvert une enquête sur un autre hebdomadaire, al-Mehwar qui a publié ces caricatures, a-t-on appris de source judiciaire. «Jihad Momani a été arrêté samedi en début d’après-midi par le procureur civil Saber al-Rawashdeh », a indiqué à l’AFP cette source. Par ailleurs, un autre tabloïd de moindre importance, al-Mehwar a également reproduit dans son édition du 26 janvier des caricatures de Mahomet ce qui a conduit le procureur a «ouvrir une enquête » contre cet hebdomadaire, a-t-on précisé de même source. Shihane avait reproduit jeudi trois des caricatures en appelant les musulmans à travers le monde à la «raison » dans son éditorial. La société éditrice a par la suite retiré tous les exemplaires du marché, les remplaçant par une nouvelle édition dans laquelle elle a annoncé le licenciement du rédacteur en chef. Le porte-parole du gouvernement Nasser Jawdeh avait exprimé la «condamnation du gouvernement » et indiqué que «des mesures adéquates » seraient prises. Quant à al Mehwar, il a reproduit 12 caricatures dans un petit encadré, pour illustrer un article sur la dénonciation générale de leur publication. En outre, le tabloïd affirme avoir été «le premier journal arabe à avoir alerté le monde arabe sur ces caricatures, découvertes sur internet ». «Le seul fait que cet hebdomadaire ait reproduit ces caricatures rend son rédacteur en chef Hachem al-Khalidi responsable devant la loi », a souligné une source judiciaire.

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