La reconquête de l'Europe commence à Varsovie

CHRISTIAN LAPORTE

ÉCLAIRAGE

Dans une de ses présentations de la visite du Pape en Pologne, l'excellent vaticaniste John Allen Jr, du «National Catholic Reporter» parlait du coup d'envoi d'une sorte de «tour d'Europe de (re)conquête de la foi» qui, après le pays de Karol Wojtyla, passerait aussi par l'Espagne au mois de juillet prochain. L'image n'est point déplacée à en juger par ce qu'a dit Benoît XVI vendredi matin aux 300 000 fidèles venus l'écouter sur la place Pilsudski à Varsovie. Et montre bien l'intention du Pape de ne pas abandonner son propre continent où la crise de la foi et des vocations reste plus que préoccupante. D'autant plus qu'elle a aussi atteint de plein fouet des nations traditionnellement très catholiques où le fossé se creuse avec des gouvernements de plus en plus indépendants de l'Eglise et qui font adopter des législations morales et éthiques qui déplaisent à celle-ci.

Incise: la mémoire f... très vite le camp: dans plusieurs dépêches d'agence mais aussi sur les ondes de Radio Vatican, l'on rappelait, vendredi, que Jean-Paul II y avait lancé lors de sa première visite en 1979, un «N'ayez pas peur» qui fut le début de la fin de la soumission polonaise au communisme. «Faux» précise l'abbé Armand Pirard, informateur religieux de la RTBF qui était présent sur place, «en fait, le Pape avait déclenché une vague interminable d'applaudissements et de chants de louanges - quelque 8 min 39 secondes... - en disant simplement qu'on ne peut exclure le christianisme d'aucune partie de la terre»...

Rien de tel, vendredi mais Benoît XVI a quand même tenu à rendre grâce à tous les bouleversements politiques et sociaux positifs qui s'étaient produits sous le pontificat précédent. Mais cela n'a pas empêché la Pologne de s'enfoncer dans une sécularisation presque sans limites. C'est pourquoi le Pape a invité les chrétiens polonais à retourner aux sources et à cultiver «ce riche héritage de foi qui a été transmis par les générations précédentes» : «Restez fidèles à votre foi, transmettez-la à vos enfants, soyez les témoins de la grâce que vous avez vécue de manière si forte à travers le Saint-Esprit au cours de votre histoire», a ajouté le Pape qui a indirectement attaqué le «Da Vinci Code» en disant qu'«il ne fallait pas céder à la tentation du relativisme et de l'interprétation subjective et sélective des Ecritures sacrées».

Mais la portée du propos était plus générale. C'est ce qui a amené Benoît XVI à s'élever contre «ceux qui tentent de donner l'impression que tout est relatif: même les vérités de la foi dépendraient de la situation historique et de l'évaluation humaine».

© La Libre Belgique 2006