Les jumeaux conservateurs vont contrôler le sommet de l'Etat

Dans une configuration unique au monde, les très conservateurs frères jumeaux Kaczynski vont occuper les deux principaux postes de l'Etat en Pologne: après l'arrivée à la présidence de Lech en décembre, son frère Jaroslaw s'apprête à devenir Premier ministre. En poste depuis moins de neuf mois, le Premier ministre sortant Kazimierz Marcinkiewicz, 46 ans, également conservateur, a annoncé sa démission vendredi soir.

Les jumeaux conservateurs vont contrôler le sommet de l'Etat
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AFP

Dans une configuration unique au monde, les très conservateurs frères jumeaux Kaczynski vont occuper les deux principaux postes de l'Etat en Pologne: après l'arrivée à la présidence de Lech en décembre, son frère Jaroslaw s'apprête à devenir Premier ministre. En poste depuis moins de neuf mois, le Premier ministre sortant Kazimierz Marcinkiewicz, 46 ans, également conservateur, a annoncé sa démission vendredi soir.

Dans un très bref communiqué, la direction du parti Droit et Justice (PiS) des frères Kaczynski a affirmé qu'elle avait recommandé "à l'unanimité", de proposer Jaroslaw Kaczynski, 57 ans, président du PiS, pour le remplacer. Les décisions doivent être entérinées samedi par le Conseil politique du PiS, une instance élargie du parti. Depuis vendredi soir, aucune explication n'a été fournie pour ce départ d'un Premier ministre dont 70% des Polonais disaient approuver l'action, selon les derniers sondages. Jaroslaw Kaczynski et Kazimierz Marcinkiewicz devaient s'expliquer dans une conférence de presse samedi après-midi. Selon des délégués du PiS, Kazimierz Marcinkiewicz doit être désigné candidat pour le poste de maire de Varsovie, pour les municipales du 12 novembre.

Malgré sa popularité, M. Marcinkiewicz n'avait pas de réel pouvoir au sein de son parti, entièrement inféodé aux frères Kaczynski. La prochaine nomination de Jaroslaw Kaczynski a une certaine logique, car il est le véritable homme fort de la Pologne, depuis la double victoire électorale du PiS aux législatives et à la présidentielle de l'automne. En Pologne, c'est le Premier ministre qui gouverne réellement, même si le président a des pouvoirs en matière de défense et de politique étrangère.

Mais Jaroslaw Kaczynski brise ainsi une promesse qu'il avait faite aux électeurs de ne pas devenir Premier ministre si son frère Lech devenait président. "Cette situation serait complètement inacceptable aux yeux de la société", avait-il déclaré à l'AFP fin octobre. "Les relations entre Kazimierz Marcinkiewicz et Jaroslaw Kaczynski n'arrêtaient pas de se détériorer. De plus, le président faisait pression sur son frère pour remplacer Marcinkiewicz", estimait samedi le quotidien Rzeczpospolita.

Pour le politologue Kazimierz Kik, M. Marcinkiewicz a été victime de sa trop grande popularité qui l'encourageait à jouer un jeu de plus en plus autonome. "Il a été remplacé comme un vieux gant usé au moment où Jaroslaw Kaczynski a décidé de ne plus laisser quelqu'un s'élever au-dessus de lui", a-t-il commenté. Dès sa nomination en octobre, nombre d'analystes avaient estimé que M. Marcinkiewicz, qui n'était alors qu'un lieutenant obscur du PiS, ne serait peut-être qu'une solution temporaire. Mais d'autres analystes estiment que Marcinkiewicz avait lui-même envie de partir après avoir avalé beaucoup de couleuvres. En mai, il avait dû accepter l'entrée dans son gouvernement, jusqu'à alors minoritaire, de populistes anti-libéraux et d'un parti d'extrême droite ultra-catholique.

"Il s'agit probablement d'une action préméditée de Kazimierz Marcinkiewicz. Il a senti que ce gouvernement n'était plus le sien", juge le politologue Stanislaw Mocek de l'Académie polonaise des sciences. Le changement de Premier ministre risque lundi d'avoir des effets sur les marchés financiers polonais. Dès vendredi soir, le zloty a décroché par rapport à l'euro et au dollar, car M. Marcinkiewicz était perçu comme le dernier rempart libéral dans une coalition totalement imprévisible.

"Du point de vue des investisseurs, la situation politique en Pologne ne pourrait pas être pire", a affirmé Maciej Reluga, chef économiste à la banque WBK, cité par le quotidien financier Parkiet.