Au Maroc, les immigrés subsahariens s'organisent

Le clandestin Camara squatte depuis deux ans un terrain vague à la frontière maroco-algérienne. Comme plusieurs de ses camarades, n'osant plus rêver d'émigrer vers l'Europe, il se verrait bien s'installer au Maroc si sa situation pouvait y être régularisée. «Nous sommes coincés au Maroc. Nous ne pouvons plus passer en Europe et nous ne pouvons pas rentrer dans nos pays», se plaint Camara.

(AFP)

Le clandestin Camara squatte depuis deux ans un terrain vague à la frontière maroco-algérienne. Comme plusieurs de ses camarades, n'osant plus rêver d'émigrer vers l'Europe, il se verrait bien s'installer au Maroc si sa situation pouvait y être régularisée.

«Nous sommes coincés au Maroc. Nous ne pouvons plus passer en Europe et nous ne pouvons pas rentrer dans nos pays», se plaint Camara. Ce Camerounais de 27 ans est le «porte-parole» de sa communauté, dans un squat derrière l'université d'Oujda. Une centaine de migrants de toute l'Afrique, «les clandestins de la fac» comme on les appelle à Oujda, s'y côtoient. Camara et les autres ont tenté à plusieurs reprises de pénétrer dans les enclaves espagnoles du nord du Maroc, Ceuta et Melilla. En vain. «J'ai essayé Ceuta deux fois. Je suis rentré, puis les Espagnols m'ont mis dehors», raconte Joseph, un autre Camerounais.

Tous disent vouloir encore tenter, mais ne cachent pas qu'ils n'y croient plus. «Depuis que la sécurité a été renforcée à la frontière après les assauts de l'automne dernier, nous n'avons pas beaucoup de chance de réussir», selon Joseph. Le 3 juillet, une cinquantaine de migrants ont tenté de franchir le grillage de six mètres de haut qui sépare le Maroc de l'enclave espagnole. Cinq sont passés mais trois ont été tués. Des tentatives plus massives encore avaient fait 14 morts en septembre et octobre.

Les clandestins s'installent donc sur leur terrain vague, à défaut d'autre chose. Une arrivée d'eau de la faculté leur permet de se laver et de faire la lessive. Ils jouent parfois au foot sur un terrain improvisé quand ils ne mendient pas dans les rues d'Oujda. «Je cherche du travail», explique Camara, bien habillé avec une chemise bleue et un pantalon en toile beige. «Mais les Marocains ne veulent pas nous employer parce qu'ils redoutent les autorités», ajoute-t-il.

«Il faut que le Maroc régularise notre situation. Il nous faut des cartes de séjour!», reprend Camara. «Si j'avais les papiers, je travaillerais au Maroc pour gagner de l'argent et je rentrerais pour les vacances dans mon pays», enchérit Austin, du Sierra Leone. «Au début, je voulais l'Europe à tout prix. Maintenant, ce que je veux, c'est de l'argent, où que ce soit. Si je peux en gagner ici, très bien!», s'exclame John, qui vient du Nigeria. Il voit d'un oeil optimiste la conférence de Rabat. «Au moins, des hommes politiques vont se poser des questions sur notre sort.»

© La Libre Belgique 2006