Sécuriser ici, développer en Afrique

Toute la difficulté consiste à trouver l'équilibre. Entre la lutte contre l'immigration clandestine et la gestion d'arrivées légales. Entre la sécurité des clandestins et des pays de destination, et le développement des Etats d'origine. Il était une fois au coeur de l'Afrique. Ecoutez l'histoire du Congo

S.Vt.
Sécuriser ici, développer en Afrique
©AP

Toute la difficulté consiste à trouver l'équilibre. Entre la lutte contre l'immigration clandestine et la gestion d'arrivées légales. Entre la sécurité des clandestins et des pays de destination, et le développement des Etats d'origine. Entre une Europe qui ne peut se laisser «déborder par une immigration incontrôlée» et une Afrique «qui ne souhaite pas la fuite de ses élites», a résumé le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos.

Les ministres d'une soixantaine de pays européens et africains ont convergé vers Rabat (Maroc) avec l'ambition d'adopter ce mardi un plan d'action, prévoyant une répression accrue du trafic d'êtres humains et une meilleure information des dangers de la clandestinité, autant qu'une aide à la création d'emplois sur le continent noir et la promotion de l'intégration régionale. C'est la première fois que ministres européens et africains -représentants les pays d'origine, de transit et de destination- se mettent autour d'une même table pour débattre de migration. L'idée de cette conférence avait été prise dans l'urgence suscitée par la crise des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, prises d'assaut par des centaines d'émigrants subsahariens. Elle reste d'actualité, alors que la pression s'est déplacée vers les Canaries où 10 000 Africains partis des côtes mauritaniennes et sénégalaises ont déferlé depuis janvier, non sans faire de nombreux morts.

Pour le chef de la diplomatie sénégalaise, Cheikh Tidiane Gadio, le seul moyen d'éviter de tels drames consiste à déployer une «logistique d'envergure» pour «contrôler et surveiller les côtes africaines». «L'ouverture générale des frontières de l'Europe provoquerait à terme une déstabilisation politique majeure du continent et le risque d'une arrivée au pouvoir de partis extrémistes et xénophobes», a déclaré le ministre français de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, dans un entretien au «Matin du Sahara». Mais «l'immigration zéro est un mythe dangereux», «les frontières ne sont pas fermées et il n'est pas question de les fermer», dans la mesure où «l'immigration africaine, sous certaines conditions, peut être une chance aussi bien pour l'Europe que pour l'Afrique».

Ce n'est pas Cheikh Tidiane Gadio qui le contredira, mais «une organisation de l'immigration légale» ne peut «frayer le chemin à une fuite catastrophique de cerveaux», a-t-il insisté. Ni ignorer les causes premières des mouvements de population.

«L'égale des grands pôles»

«Il est urgent d'agir et d'oeuvrer pour la mise en oeuvre d'initiatives concrètes notamment en matière d'éducation, de recherche scientifique et de développement pour que les pays africains puissent profiter pleinement de ces ressources dont elle a grandement besoin», a lancé le ministre marocain des Affaires étrangères Mohammed Benaïssa. «Si nous aidons l'Afrique à vaincre les pandémies qui la minent, comme le sida, à donner une éducation de base à tous ses enfants, à se doter des infrastructures essentielles dans les domaines des transports, de l'eau, de l'énergie et des télécommunications, alors elle deviendra l'égale des grands pôles émergents», a affirmé le président français Jacques Chirac dans un message à l'adresse des conférenciers.

L'une des pistes consiste à mieux utiliser l'énorme épargne de la diaspora. Le Lesotho, par exemple, reçoit de ses travailleurs à l'étranger environ 30 pc de son Produit intérieur brut et le défi pour de nombreux pays pauvres consiste à orienter ces rentrées, expliquait récemment le secrétaire général adjoint de l'Onu Anwarul K. Chowdhury, vers les programmes profitant à la société dans son ensemble.

© La Libre Belgique 2006


À la veille des élections historiques du 30 juillet, le podcast Focus vous plonge dans l'histoire de la République Démocratique du Congo, du XIVe siècle à la fin de la 2e guerre en 2003. ECOUTEZ LE BLOG La semaine prochaine, découvrez le 2e épisode du podcast Focus consacré à la RDC. De nombreux intervenants vous ouvriront les yeux sur la RDC en 2006: la situation humanitaire, les élections, la relance d'un Etat et de son armée, Kabila,...

Sur le même sujet