Eradiquer le Hezbollah? «Il faudrait éradiquer une partie du peuple»

Depuis le 12 juillet, date de la capture par le Hezbollah de deux soldats israéliens, une guerre violente oppose le parti de Dieu à Israël. Si l'ampleur de la réaction israélienne à cet enlèvement a surpris le monde, pour les spécialistes du Hezbollah, l'opération menée par le parti islamiste chiite était attendue.

ÉMILIE SUEUR

CORRESPONDANTE À BEYROUTH

Depuis le 12 juillet, date de la capture par le Hezbollah de deux soldats israéliens, une guerre violente oppose le parti de Dieu à Israël. Si l'ampleur de la réaction israélienne à cet enlèvement a surpris le monde, pour les spécialistes du Hezbollah, l'opération menée par le parti islamiste chiite était attendue.

«Depuis trois ans, le Hezbollah affirme que si Israël ne libère pas les otages libanais détenus dans les prisons israéliennes, il se réserve le droit d'utiliser tous les moyens pour les libérer», explique Walid Charara (1), expert en la matière. Pour Judith Palmer Harik (2), professeur de sciences politiques à l'American University de Beyrouth et spécialiste du Hezbollah, la question du timing de l'opération n'est pas un élément essentiel de l'équation. «Il est très difficile de mettre en place une telle opération. Le Hezbollah a saisi la première opportunité qui s'est présentée.»

La réponse israélienne ne s'est pas fait attendre, avec un objectif annoncé, du moins les premiers jours de l'offensive: éradiquer le Hezbollah. «Un tel objectif est irréalisable. Le Hezbollah est un produit du terroir. Il peut se prévaloir d'une légitimité communautaire car il s'appuie sur les chiites du Liban, d'une légitimité nationale, car ses opérations de résistance ont mené, en mai 2000, au retrait des forces d'occupation israéliennes au Sud-Liban, d'une légitimité panarabe car le Hezbollah est le seul mouvement arabe à réellement défendre la cause palestinienne, d'une légitimité démocratique, car ses membres siègent au Parlement libanais et au conseil des ministres, et d'une légitimité islamique car il incarne la lutte contre Israël», explique M. Charara. «Pour éradiquer le Hezbollah, il faudrait éradiquer une partie du peuple libanais», ajoute-t-il.

Après une première phase militaire consistant en de massifs bombardements aériens, Israël est passé à une deuxième étape, en lançant des opérations terrestres. Mais au sol, l'entreprise militaire s'avère bien plus compliquée. «Contrairement à d'autres mouvements, empêtrés dans la guerre civile libanaise, le Hezbollah (fondé en 1982) a pu concentrer toute son énergie sur la lutte contre Israël», souligne M. Charara. De l'invasion israélienne, en 1982, à mai 2000, le Hezbollah a en effet été le fer de lance de la résistance contre les troupes d'occupation israéliennes au Sud-Liban. Dix-huit années au cours desquelles la branche armée du parti de Dieu a appris à contrecarrer la technologie israélienne. «Les chars israéliens sont dotés d'un système de détection par infra-rouge de la chaleur émise par les corps. Avec le temps et l'expérience, le Hezbollah a pu mettre au point une combinaison qui permet de cacher la chaleur des corps», explique-t-il à titre d'exemple.

«Guerre très difficle pour Israël»

Difficile toutefois de connaître la véritable nature de l'arsenal du parti de Dieu. «Le Hezbollah connaît très bien les capacités des services de renseignements israéliens. Tout ce qui relève du militaire est donc classé secret défense. Ceci fait sa force», explique Walid Charara.

Selon le «Jane's Defense Weekly», le parti de Dieu dispose de 600 à 1 000 combattants auxquels il faut ajouter entre 3 000 et 5 000 hommes mobilisables et 10 000 réservistes. Au point de vue matériel, «le parti dispose de l'armement typique de la guérilla, des armes légères, mais aussi d'un arsenal plus sophistiqué», souligne Mme Harik. Jane's évalue entre 10 000 à 15 000 roquettes l'arsenal du Hezbollah. «Ils ont également des missiles issus de la technologie russe et manufacturés en Iran. Probablement des Raad, c'est-à-dire des missiles portables antichars téléguidés avec une double tête», explique Judith Harik. Une menace réelle pour les chars israéliens engagés sur le terrain puisque selon le site «Global Security», ces missiles atteignent leur cible dans 90 pc des cas et percent des blindages de 40 cm d'épaisseur avant d'exploser. «La guerre de terrain s'annonce très difficile pour Israël», conclut M. Harik.

(1) Walid Charara est l'auteur, avec Frédéric Domont de «Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste», éd. Fayard, octobre 2004.

(2) Judith Palmer Harik est l'auteur de «Hezbollah: Changing face of terrorism», édition I. B. Tauris & Company, 2004.

© La Libre Belgique 2006