L'aide humanitaire belge est à Beyrouth

Le vol vers Beyrouth aurait dû avoir lieu lundi dernier. Il a été postposé pour cause d'aéroport «surchargé». Surchargé de quoi, on se le demande encore. Hier jeudi, à 1h25 du matin, le Lockheed C-130 H Hercules codé CH-11 de la composante Air est enfin là, sous la pluie battante, en bout de la piste R 25 de l'aérodrome de Melsbroek, versant militaire de Zaventem.

DOMINIQUE SIMONET
L'aide humanitaire belge est à Beyrouth
©AP

REPORTAGE

Le vol vers Beyrouth aurait dû avoir lieu lundi dernier. Il a été postposé pour cause d'aéroport «surchargé». Surchargé de quoi, on se le demande encore.

Hier jeudi, à 1h25 du matin, le Lockheed C-130 H Hercules codé CH-11 de la composante Air est enfin là, sous la pluie battante, en bout de la piste R 25 de l'aérodrome de Melsbroek, versant militaire de Zaventem. A son bord, le ministre belge de la Défense, André Flahaut, a tenu à superviser lui-même l'opération: amener au Liban de l'aide médicale rassemblée par la Société médicale euro-libanaise (Smel).

1h30, l'Hercules ne tient plus en place: les quatre turbopropulseurs Allison T 56-A-15 (4 910 chevaux chacun) sont lancés à pleine puissance. Les freins lâchés, la lourde machine s'élance et quitte le sol, cap est-sud-est, direction Chypre. Depuis le début du conflit, l'île fait office de porte-avions pour les opérations humanitaires sur le Liban.

Dans la soute, la vie s'organise au milieu des tuyauteries et câbleries plus ou moins gainées, dans cet univers d'élingues et de harnais, de sangles et de filets. Pourquoi de telles vibrations? Pourquoi ce vacarme de tous les diables? Parce qu'à l'avant de la soute, on est juste à la hauteur -un peu en dessous- des quatre moteurs et des pales d'hélices qui brassent puissamment l'air.

Stewards improvisés, les «loadmasters», responsables du chargement, exercent un métier acrobatique au milieu des palettes de matériel médical. Le docteur Simon Najm est un chirurgien orthopédiste d'origine libanaise qui exerce en Belgique. En tant que vice-président de la Smel, il participe lui aussi à ce premier vol humanitaire organisé par la Défense nationale.

Armoires d'échantillons

Il explique comment tout ce matériel a été rassemblé, plusieurs de ses confrères ayant notamment vidé leurs armoires d'échantillons. Dans ces cartons, 2,5 tonnes de lait en poudre pour enfants, des médicaments antidouleur, anti-inflammatoires, antibiotiques, d'autres pour les malades du coeur et les diabétiques. Du matériel orthopédique aussi: plâtre, atèles, bandages et compresses stériles, plus une dizaine de chaises roulantes et deux palettes de couvertures.

Au total, ce sont 23 000 livres de charge (10 432 kg) qui filent à la vitesse de croisière de 300 noeuds (555 km/h), à 21 000 pieds d'altitude (6 400 m). 7h10, commence la descente. 7h22, heure belge, le C-130 atterrit à Chypre, aéroport de Paphos. «En principe, on a l'autorisation d'atterrir à Beyrouth, mais je dois encore retéléphoner à l'ambassade de Belgique à Tel-Aviv», commente le colonel aviateur Claude Bibot, commandant de bord.

Sur la piste, André Flahaut lui-même explique au docteur Najm les mesures de protection de l'appareil, les leurres, des fois que des missiles guidés par infrarouge viendraient nous chercher noise. Ces «flares» peuvent se déclencher automatiquement ou être commandés par l'observateur sous sa bulle de plexi, en haut du cockpit. A sa présence, là, on voit que les choses sérieuses commencent.

Le «go» de notre ambassade à Tel-Aviv obtenu, l'appareil redécolle à 8h40. Après avoir tourné en rond pendant 20 minutes à la limite des eaux territoriales libanaises à cause du contrôle de l'armée de l'air israélienne, le CH-11 pose son train de roues à 9h45, heure belge, sur la piste principale de l'aéroport de Beyrouth. «Surchargé» qu'ils disaient? A part deux petits Cessna, pas un avion en état de vol à l'horizon. Tous ont été mis à l'abri à Chypre ou en Syrie.

Au sol, certaines plaques noires indiquent du macadam fraîchement étalé pour combler les trous laissés par les bombes israéliennes, mais tous ne sont pas réparés, des amoncellements de débris témoignant aussi des dommages subis. «Bienvenue au Liban». Un jeune lieutenant de l'armée libanaise raconte qu'on ne voit qu'un avion par jour ici, et que, seulement alors, il se sent en sécurité.

Entre de bonnes mains

Pendant ce temps-là, des clarks vident rapidement l'avion et chargent de vieux camions Mercedes 2624 à ridelles hautes. En discussion avec M.Flahaut, le ministre libanais de l'Intérieur, le docteur Ahmad Fatfat, assure que cette aide médicale est entre de bonnes mains avec le Haut Comité de secours d'urgence mis en place par son gouvernement. Les liens particuliers qui unissent le Liban et la Belgique sont palpables. A 11h47, le C-130 redécolle, mission accomplie. Un autre est prévu dans les prochains jours.

En nous ramenant à l'avion, le jeune lieutenant a dit: «Espérons que, la prochaine fois, vous viendrez en touriste.» Espérons.

© La Libre Belgique 2006