Un cessez-le-feu aléatoire

Autant Israël est parti en guerre uni, autant il en ressort divisé. Le gouvernement a endossé la résolution 1701 de l'Onu, dimanche. Car elle «est bonne pour Israël». «Le Hezbollah cessera d'exister comme Etat dans l'Etat, a souligné le Premier ministre Olmert, c'est le gouvernement libanais qui deviendra l'interlocuteur d'Israël pour tout problème.»

Un cessez-le-feu aléatoire
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RENÉE-ANNE GUTTER

CORRESPONDANTE À JÉRUSALEM

Autant Israël est parti en guerre uni, autant il en ressort divisé. Le gouvernement a endossé la résolution 1701 de l'Onu, dimanche. Car elle «est bonne pour Israël». «Le Hezbollah cessera d'exister comme Etat dans l'Etat, a souligné le Premier ministre Olmert, c'est le gouvernement libanais qui deviendra l'interlocuteur d'Israël pour tout problème.»

Principaux acquis, dans l'analyse israélienne: le Hezbollah sera refoulé au-delà du Litani; la communauté internationale reconnaît que le Hezbollah est responsable de la crise; Israël se retirera uniquement du Sud-Liban au fur et à mesure que l'armée libanaise s'y déploiera; la force internationale sera «efficace», tant par la multiplication de ses effectifs que par son mandat coercitif.

Mais il y a un hic. Le Hezbollah a annoncé qu'il continuera à combattre l'armée israélienne tant que celle-ci sera sur le sol libanais. Or, elle y sera jusqu'à l'arrivée de l'armée libanaise. Ce qui peut encore prendre du temps. Et la résolution 1701 autorise Israël à se «défendre».

Pas de contrôle

Par ailleurs, les combattants chiites encore présents au Sud-Liban se laisseront-ils évacuer? Donc, le cessez-le-feu qui entre en vigueur ce lundi matin sera des plus aléatoires. D'autant plus que l'Onu n'a pas prévu de QG local pour la coordination et le contrôle du cessez-le-feu. Par ailleurs, malgré l'embargo décrété sur son armement, le Hezbollah refuse de se dépouiller de son arsenal. Un arsenal qui n'aura pas été éliminé par Israël et que le Hezbollah essayera de garder déployé au nord du Litani, ou même discrètement au Sud-Liban.

Israël s'inquiète aussi du sort de ses deux soldats pris en otages par le Hezbollah, le 12 juillet. C'est leur enlèvement, on le sait, qui avait déclenché l'offensive israélienne. A la colère de leurs familles, la résolution de l'Onu appelle bien à leur libération inconditionnelle, mais n'en fait pas une condition du cessez-le-feu, et ne fixe pas de procédure précise à leur sujet.

Plus de consensus non plus au sein des Israéliens sur la conduite de la guerre. Généraux et politiciens, gauche et droite sont divisés non sur sa justification première, mais sur sa stratégie. «La guerre a dévoilé de nombreux sujets dont il faudra tirer les conséquences», a déclaré dimanche le ministre de la Défense, Amir Peretz.

M. Peretz en veut notamment à ses prédécesseurs d'avoir ignoré la consolidation du Hezbollah à la frontière israélienne durant ces six dernières années, et d'avoir ainsi causé des erreurs d'évaluation dans la guerre du mois écoulé. «Aucune armée au monde n'aurait pu vaincre une guérilla telle que le Hezbollah», justifie la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni. Mais il y a un mois, le gouvernement et l'armée croyaient bien pouvoir vaincre le Hezbollah, et cela, uniquement par un blitz aérien.

«Arrogance» de la part de l'armée, disent aujourd'hui les commentateurs, «inexpérience» de la part du «triumvirat civil» Olmert-Livni-Peretz. Et lorsqu'il s'est avéré que l'aviation ne suffisait pas, l'armée a déclenché une campagne terrestre limitée, qui s'est heurtée à une résistance chiite inattendue. Selon les experts, l'armée aurait immédiatement dû foncer vers la rivière Litani et «nettoyer» ensuite le terrain à reculons.

Des soldats sacrifiés

C'est précisément ce qu'a fait l'armée, ce week-end, in extremis. Mais cette offensive de la dernière heure n'a fait qu'accentuer la polémique. Pourquoi sacrifier tant de soldats (une trentaine) en dernière minute, alors qu'il est trop tard pour «nettoyer» le Sud-Liban en profondeur?

Selon les analystes, cette ultime invasion éclair jusqu'au Litani était surtout destinée à réaffirmer la puissance d'action israélienne. Une centaine de combattants chiites y ont trouvé la mort, mais beaucoup restent dispersés dans la région. Au moins neuf civils ont également été tués dimanche au Sud-Liban.

Parallèlement, l'aviation israélienne a largué dimanche une ultime volée de bombes sur le quartier chiite du sud de Beyrouth, dans une dernière tentative d'atteindre des leaders du Hezbollah dans des bunkers souterrains. Des civils ont été coincés sous les décombres. Mais le Hezbollah a lui aussi profité de l'imminence du cessez-le-feu pour «vider ses chargeurs» sur le nord d'Israël. Quelque 250 Katiouchas, qui n'ont fait qu'un mort et quelques blessés (car les habitants restent dans les abris), mais d'importants dégâts matériels.

© La Libre Belgique 2006

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