Journée de tensions dans Kinshasa, ville morte et endeuillée

InfoSud

CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE À KINSHASA

Kinshasa avait le visage d'une ville morte au lendemain de la publication des résultats provisoires de l'élection présidentielle. Commerces et administrations fermés, circulation réduite au strict minimum... Seul point chaud, dans le centre ville, le siège de deux chaînes de télévision (CKtv et CCTv) appartenant à Jean-Pierre Bemba, qui dispute, au second tour, le fauteuil présidentiel au président sortant, Joseph Kabila. C'est là qu'ont eu lieu des affrontements sanglants avant et après la proclamation des résultats par la Commission électorale indépendante (CEI).

Dehors sur la chaussée, dans les couloirs à l'intérieur de CKtv, des impacts et douilles de balles, du sang, des vitres brisées... Deux corps inertes gisaient le matin sur la chaussée. Autour des corps, des partisans en colère du Mouvement de libération du Congo (MLC, de l'ancien chef rebelle Jean-Pierre Bemba), au siège tout proche, avaient reçu l'aide des militaires du... vice-président Bemba. Les dégâts étaient diffusés en boucle par l'une des télévisions attaquées. «Ils se proclament les champions de la paix, mais ici, ce sont eux qui ont attaqué...», gronde un militant, qui accuse les militaires de la Garde présidentielle et des éléments de la PIR (Police d'intervention rapide). Les combats ont duré trois à quatre heures et se sont étendus aux alentours des sièges de la Commission électorale indépendante (CEI) et de la Monuc (Mission des Nations unies au Congo), tout proches. Selon le porte-parole de la Monuc, Jean Tobie Okala, ils auraient fait cinq à six morts, dont un ressortissant étranger, d'origine asiatique.

Lundi, des groupes de jeunes remontés par le MLC ont quadrillé le quartier, lapidant des véhicules de l'Onu et proférant des menaces à l'encontre de la Monuc, de l'Eufor (Force de l'Union européenne), du président Kabila et de l'abbé Apollinaire Malumalu, le président de la CEI. «La Monuc et l'Eufor prétendent être là pour sécuriser les élections. Mais elles n'ont rien fait pour empêcher tous ces morts...»

«LA MONUC ET L'EUFOR PRÉTENDENT ÊTRE LÀ POUR SÉCURISER LES ÉLECTIONS. MAIS ELLES N'ONT RIEN FAIT POUR EMPÊCHER TOUS CES MORTS...»

Au milieu des militants qui réclament des armes, des voix appellent à l'apaisement. Car tout le monde craignait que Kinshasa flambe si Kabila était passé au premier tour. «A Kinshasa, nous voulons la paix, pas la guerre, dit un partisan du MLC. Comme il y a un deuxième tour, notre président va l'emporter».

Dans son message télévisé à la population, le président Joseph Kabila remerciait les Congolais pour les suffrages (44,81 pc) qu'ils lui ont accordés. Il affirmait avoir pris en compte leurs «soucis», allusion aux critiques des Kinois envers sa personne, qui lui ont valu son bas score dans la capitale (moins de 20 pc).

La voie vers le second tour est perçue comme le meilleur des scénarii, à même d'apaiser les tensions. Pour la suite, les principales exigences vont porter, du côté de Bemba, sur la transparence de l'élection. Quant au camp présidentiel, le secrétaire général du parti (PPRD), Vital Kamerhe, aimerait que la bataille finale ait lieu selon le prescrit de la constitution, dans les 15 jours après la proclamation des résultats définitifs le 30 août. Mais le calendrier arrêté par la CEI prévoit le second tour au 29 octobre. Un délai qui laissera le temps aux deux concurrents de négocier des alliances avec les trois meilleurs perdants du premier tour: Antoine Gizenga (13,06 pc des voix), Nzanga Mobutu (4,77 pc) et Oscar Kashala (3,46 pc). (Lire en page 3)

© La Libre Belgique 2006