Les Russes achètent hôtels et usines

Le Monténégro - où des législatives ont eu lieu hier, devant reconduire le Premier ministre Milo Djukanovic - est devenu, depuis quelques années, l'eldorado d'une catégorie bien particulière d'investisseurs : les oligarques russes.Le groupe Ruskal d'Oleg Deripaska, très proche du Président Poutine, a fait main basse sur le Combinat d'aluminum de Podgorica (KAP), la plus grande usine du petit pays, et sur les mines de bauxite de Niksic.

JEAN-ARNAULT DÉRENS

Le Monténégro - où des législatives ont eu lieu hier, devant reconduire le Premier ministre Milo Djukanovic - est devenu, depuis quelques années, l'eldorado d'une catégorie bien particulière d'investisseurs : les oligarques russes.

Le groupe Ruskal d'Oleg Deripaska, très proche du Président Poutine, a fait main basse sur le Combinat d'aluminum de Podgorica (KAP), la plus grande usine du petit pays, et sur les mines de bauxite de Niksic. Il vient également de remporter l'appel d'offres pour la privatisation des mines de charbon et de la centrale thermo-électrique de Pljevlja.

D'autres intérêts russes sont présents dans la téléphonie fixe et mobile, et le géant russe Lukoil négocie actuellement le rachat de la firme Jugopetrol Kotor, privatisée en 2002 au profit d'Hellenic Petroleum.

Des hôtels clandestins

Des hommes d'affaires de moindre envergure, mais à la réputation souvent sulfureuse, ont également fait main basse sur tous les grands hôtels de la côte : le Fjord de Kotor, l'Albatros d'Ulcinj, le Queen of Montenegro de Becici, près de Budva... La pression russe est particulièrement sensible sur le littoral. D'autres hôtels sont en cours de construction, dont le massif hôtel Splendid de Becici, qui bouche entièrement la vue sur la mer dans l'une des plus belles criques du pays.

D'autres Russes achètent des maisons, qu'ils agrandissent sans se soucier des permis de construire. Ces hôtels clandestins, sur lesquels l'État monténégrin ne perçoit aucune taxe, peuvent héberger jusqu'à une centaine de personnes.

Des vols réguliers relient Podgorica à Moscou et, l'été, on compte jusqu'à plusieurs charters par jour depuis l'aéroport de Tivat, sur la côte.

Pour l'instant, les Monténégrins se réjouissent de l'afflux de cette clientèle qui ne regarde pas à la dépense, sans se soucier des conséquences paysagères et environnementales.

La facture énergétique

La mainmise d'Oleg Deripaska sur les grandes entreprises du pays pose d'autres problèmes. Le Combinat d'aluminium de Podgorica est en effet le plus grand pollueur du pays, ainsi que le principal consommateur d'électricité. Les besoins annuels du KAP correspondraient à 1,4 milliards de kwh, soit l'exact équivalent du déficit énergétique du pays.

Or, le Monténégro, qui doit acheter de l'électricité aux pays voisins, s'est engagé à fournir de l'énergie à prix préférentiel au KAP. Le montant du cadeau octroyé? 23 millions d'euros en 2005. Malgré cette situation privilégiée et la bonne tenue des cours mondiaux de l'aluminium, Oleg Deripaska aurait gonflé les pertes du KAP de près de 150 millions, expliquant ainsi qu'il ne pouvait pas tenir ses promesses d'investissements dans la protection de l'environnement.

S'il rachète la centrale de Pljevlja, le groupe Ruskal produira lui-même de l'énergie, mais l'on reparle désormais au Monténégro des projets de construction de centrales hydro-électriques sur les rivières Tara et Moraca, qui avaient été abandonnés en 2003, à la suite de fortes mobilisations des écologistes et de l'opinion publique.

Les milieux démocratiques monténégrins s'inquiètent de plus en plus des conséquences politiques de cette mainmise russe sur l'économie du pays. Cet été, l'ancien consul général de Russie à Podgorica, Jurij Bickov, a créé un véritable scandale en conseillant amicalement au petit pays de ne pas demander son adhésion à l'Otan.

Durant la campagne électorale, le Mouvement pour les changements, la nouvelle force d'opposition créée par l'économiste Nebojsa Medojevic, a été le seul à dénoncer cette domination. Ce mouvement exige une révision complète des privatisations.

© La Libre Belgique 2006