Un scrutin sur un modèle de société

Les Suédois ont mis en scène un véritable film à suspense, au titre peu chatoyant, qui sera projeté dimanche: «Les élections législatives 2006». En effet, rarement un scrutin parlementaire aura été aussi serré, selon les derniers sondages qui placent presqu'à égalité, les sociaux-démocrates de Göran Persson au pouvoir et l'alliance de centre-droit menée par les conservateurs.

ALEXANDRE NICHOLS

ENVOYÉ SPÉCIAL EN SUÈDE

Les Suédois ont mis en scène un véritable film à suspense, au titre peu chatoyant, qui sera projeté dimanche: «Les élections législatives 2006». En effet, rarement un scrutin parlementaire aura été aussi serré, selon les derniers sondages qui placent presqu'à égalité, les sociaux-démocrates de Göran Persson au pouvoir et l'alliance de centre-droit menée par les conservateurs.

«C'est l'élection la plus passionnante de toute une génération», constate Frederick Reinfeldt, président des «Moderaterne», les conservateurs, qui rêvent de mettre fin à l'hégémonie du parti de la rose, qui a régné sur la Suède depuis trois quarts de siècle, avec juste une éclipse de 9 ans. Avec son alliance conservateurs, libéraux, centristes et chrétiens, il promet «des jours meilleurs» aux Suédois: plus de travail, dans un pays qui compte officiellement environ 6pc de chômeurs, moins d'impôts grâce à des allégements fiscaux de 37 milliards de couronnes, et plus de facilités aux patrons de recruter et de licencier leurs employés en réduisant les lourdes contributions patronales. Mais personne ne veut s'attaquer à l'Etat-providence, bâti pendant des décennies par la social-démocratie qui assure sécurité et bien-être à tous les citoyens. La coalition de centre-droit le sait, et se défend d'y toucher, voulant juste y apporter quelques aménagements comme la réduction des allocations chômage ou de maladie.

«Ils veulent créer l'insécurité, saboter notre modèle de société solidaire, qui aide les plus faibles, un modèle dont on est fier», rétorque le premier ministre Göran Persson, qui promet de créer quelque 200000 emplois nouveaux pour ramener le chômage en dessous de la barre de 4pc. Mais la défense du chef du gouvernement ne convainc pas tout le monde, loin de là. «Il promet monts et merveilles, mais l'Etat-providence suédois est un mirage, un château de sable», clame un candidat du Parti des seniors, qui se présente à Malmö sur les listes électorales. «Les retraités ont des pensions misérables; l'éducation à l'école est un fiasco; la criminalité fleurit. C'est la Suède d'aujourd'hui dont nous ne voulons pas», ajoute Tommy Pichler, un ex-ingénieur.

Le Parti des seniors est l'une des multiples petites formations en lice, la «voix de la révolte contre les partis établis», dit-il, à l'instar de «Feministisk Initiativ» (FI), une formation qui lutte pour les femmes, épaulée dans les derniers jours de la campagne par l'actrice américaine Jane Fonda. «Nous, les femmes, représentons la moitié de l'électorat, mais nous gagnons moins que les hommes; nous souffrons de la discrimination dans ce soi-disant paradis de l'égalité», déplore la figure de proue de FI Gudrun Schyman. Et de «rappeler la violence conjugale, le thème principal» de sa campagne. «Comment peut-on créer une société où les femmes se sentent en sécurité?», demande-t-elle aux électeurs. Réponse le 17 au soir.

© La Libre Belgique 2006