Le Premier ministre veut mater la contestation

Le Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsany, contesté pour ses aveux de "mensonges" aux Hongrois, s'est dit mardi prêt à "rétablir l'ordre par tous les moyens" après les pires émeutes depuis la fin du communisme en Hongrie.Ferenc Gyurcsan a écarté l'idée d'une démission et affirmé qu'il entendait poursuivre son plan de réformes, après une nuit de violentes émeutes à Budapest.

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Le Premier ministre veut mater la contestation
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Le Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsany, contesté pour ses aveux de "mensonges" aux Hongrois, s'est dit mardi prêt à "rétablir l'ordre par tous les moyens" après les pires émeutes depuis la fin du communisme en Hongrie. Ferenc Gyurcsan a écarté l'idée d'une démission et affirmé qu'il entendait poursuivre son plan de réformes, après une nuit de violentes émeutes à Budapest.

"Je tire la conclusion (de ces violences) qu'il faut poursuivre et accélérer les réformes nécessaires" engagées par son gouvernement au printemps, a-t-il déclaré à des journalistes réunis au parlement de Budapest M. Gyurcsany a confirmé qu'il n'envisageait pas de quitter ses fonctions, jugeant que les troubles relevaient de "la large responsabilité collective de toute la classe politique" et des politiques menées tant par la gauche que par la droite depuis la chute du communisme en 1989.

Des manifestants de droite et d'extrême droite, exigeant sa démission, ont débordé la police et saccagé le siège de la télévision publique, dans la nuit de lundi à mardi à Budapest. Il y a eu plus de 125 blessés, selon les secours Le désordre dans la rue ne saurait prévaloir et "j'ai demandé à la police de rétablir l'ordre par tous les moyens", a déclaré à l'aube à l'agence MTI M. Gyurcsany. Ce dernier avait avoué avoir "menti" pour assurer sa victoire aux élections d'avril dernier, suscitant ainsi la colère des manifestants lundi.

Le Premier ministre a convoqué un cabinet de sécurité nationale dans la matinée et indiqué qu'une séance extraordinaire du parlement était prévue dans la journée. Mardi matin, la place Szabadsag, où se trouvent les quartiers généraux de la télévision nationale, avait été dégagée par la police, mais de nombreuses carcasses de voitures brûlées, des bancs arrachés et des poubelles renversées, témoignaient de la violence des incidents.

Des milliers de manifestants se sont d'abord rassemblés lundi matin devant le parlement, également siège du pouvoir exécutif. Dans la soirée, le parti d'opposition de droite Fidesz les a assurés de sa complète solidarité. Trois mille personnes se sont ensuite massées devant la télévision, non loin de là. D'abord repoussés par des canons à eau et des gaz lacrymogènes, une partie des manifestants a pu ensuite pénétrer à l'intérieur du siège de la télévision pour y lire une pétition. Alors qu'un incendie se déclarait à l'intérieur des locaux, la police, apparemment dépassée, a cependant réussi à les en faire sortir vers 4H00 du matin (02H00 GMT).

Le ministre de la Justice Jozsef Petretei, responsable de la police, a indiqué avoir présenté sa démission, mais celle-ci a été refusée par le chef du gouvernement. Ce qui s'est passé "n'avait rien à voir avec une manifestation politique. Il s'agissait d'actions criminelles", a-t-il déclaré. "La police s'attendait à une manifestation pacifique et n'était pas prête à une telle agressivité", a-t-il dit.

D'après le porte-parole des services de secours, Pàl Györfi, 125 personnes ont été blessées, dont un policier qui se trouve dans un état grave. Vingt-cinq autres personnes ont été très légèrement blessées mardi matin. Les images de la manifestation ont été retransmises en direct par la télévision commerciale Hir TV, proche de l'opposition.

La tempête politique a été provoquées par la diffusion, à la radio publique hongroise dimanche soir, de l'enregistrement d'un discours à huis clos devant des députés du parti socialiste en mai dernier, où M. Gyurcsany admettait que son gouvernement n'avait fait que "des conneries" et avait "menti" pendant un an et demi pour cacher son projet de plan d'austérité, jugé douloureux, mais nécessaire. "Il est évident que nous avons menti tout au long des derniers 18 mois à deux ans", avait déclaré avec candeur le Premier ministre dans son discours.

"Nous avons tout fait, a-t-il dit, pour garder secret en fin de campagne électorale ce dont le pays a vraiment besoin, ce que nous comptions faire après la victoire électorale: nous le savions tous, après la victoire, il faut se mettre au travail, car nous n'avons jamais eu de problème de cette envergure", avait-il dit.

La coalition socialiste-libérale, qui avait notamment relevé les salaires, a été réélue confortablement en avril dernier. Le président de la République Laszlo Solyom - un conservateur unanimement respecté - a dénoncé "une crise morale", mais s'est déclaré incompétent pour démettre le gouvernement, car "le Premier ministre et le gouvernement sont responsables (uniquement) envers le Parlement". Personnalité charismatique de 44 ans, Ferenc Gyurcsany est un ancien communiste ayant fait fortune dans les affaires avant de revenir en politique.

Le gouvernement a annoncé cet été des mesures d'austérité très impopulaires - notamment hausses d'impôts et baisses des subventions - afin de réduire le déficit public record du pays, dans la perspective d'une adoption de l'euro. Des manifestations ont également eu lieu pendant plusieurs heures lundi soir dans plusieurs villes de Hongrie.