Jospin ouvre la voie royale

On le pressentait ces derniers jours. L'annonce tard mercredi soir par Lionel Jospin de sa décision de ne pas briguer l'investiture socialiste pour les présidentielles de 2007, si elle a bien sûr fait sensation, n'a dès lors pas constitué une énorme surprise. "J'avais mis comme condition à ma candidature possible [...] de pouvoir rassembler", a justifié l'ex-Premier ministre.

DOSSIER BERNARD DELATTRE CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS
Jospin ouvre la voie royale
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On le pressentait ces derniers jours (voir LLB du 26/9). L'annonce tard mercredi soir par Lionel Jospin de sa décision de ne pas briguer l'investiture socialiste pour les présidentielles de 2007, si elle a bien sûr fait sensation, n'a dès lors pas constitué une énorme surprise. "J'avais mis comme condition à ma candidature possible [...] de pouvoir rassembler", a justifié l'ex-Premier ministre. "Je constate que ce rassemblement n'a pas pu se faire autour de moi. Faute de pouvoir rassembler, je ne veux pas diviser."

Triste ou amer, l'ancien locataire de Matignon ? "Pas du tout", a-t-il assuré, persuadé qu'il s'agit là de "la décision la plus sage" : le "dispositif" d'une campagne à l'investiture menée par "quatre ou cinq candidats" ne lui paraît "pas raisonnable". Lionel Jospin revendique aussi une "cohérence" : "J'avais toujours dit que, ayant été une solution pour le PS, je ne deviendrai pas un problème pour le PS". Dans la foulée, l'ancien chef du gouvernement a précisé que son retrait de la vie politique était "définitif" sur le plan des "postes", des "honneurs" ou des "responsabilités" qu'on pourrait vouloir lui confier. Mais a promis qu'il serait "moins que jamais à la retraite" ou "en retrait" pour sa participation au débat "sur le terrain des idées".

Dès jeudi matin, d'ailleurs, Lionel Jospin a confirmé qu'en tant que militant, il ne voterait pas en faveur de l'investiture de Ségolène Royal. Puis il a fustigé "la démocratie d'opinions" que celle-ci est censée incarner, qui peut "charrier émotions, passions superficielles, virevoltes, volte-face et changements". L'ex-Premier ministre a promis de ne "gêner en rien la campagne présidentielle". Sa charge contre la favorite des sondages a toutefois nuancé sa promesse. Comme l'annonce qu'il ne prendrait pas d'office position pour l'un ou l'autre de ses rivaux, ce qui lui permet, en ménageant le suspense, de rester dans le jeu.

"Une décision sage"

Hormis chez ses derniers (et peu nombreux) partisans, le choix de Lionel Jospin ("une décision sage et empreinte de responsabilité", a salué le premier secrétaire François Hollande) a été accueillie avec un certain soulagement au Parti socialiste, où beaucoup désormais s'inquiètent des dégâts que pourrait susciter une campagne interne d'une vigueur déjà comparée à la campagne sur le referendum européen de 2005, qui avait fait exploser le parti.

A qui profitera le retrait de Lionel Jospin ? Ségolène Royal voit son rival le plus dangereux, si l'on en croit les sondages actuels, s'effacer. Théoriquement donc, c'est tout profit pour elle. A moins d'un renversement spectaculaire de l'opinion ou d'une accumulation d'erreurs dans sa campagne, elle peut même commencer à rêver de s'imposer dès le premier tour. Mais les jospinistes devront bien reporter leurs voix sur un candidat. A cet égard, l'ex-ministre Dominique Strauss-Kahn, longtemps proche de son ancien chef de gouvernement même si la rumeur le dit ces derniers temps en délicatesse avec lui, pourrait à ce titre espérer en tirer les fruits.

Ces deux candidats, plus l'ancien Premier ministre Laurent Fabius certainement et, un peu moins sûrement l'ancien ministre Jack Lang, pourront déposer leur candidature à partir des premières heures de samedi. Ils auront jusqu'à mardi après-midi pour ce faire. Les deux tours auront respectivement lieu les 16 et 23 novembre.

© La Libre Belgique 2006