PS: un débat de très bonne tenue

Tout avait été calé dans le moindre détail. Au centimètre près, même, et ce n'est pas une image. Ainsi, les dimensions des trois pupitres avaient été adaptées à la taille des candidats, de manière à ce qu'aucun d'entre eux n'apparaisse plus petit par rapport aux deux autres.

BERNARD DELATTRE CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS
PS: un débat de très bonne tenue
©AP

Tout avait été calé dans le moindre détail. Au centimètre près, même, et ce n'est pas une image.

Ainsi, les dimensions des trois pupitres avaient été adaptées à la taille des candidats, de manière à ce qu'aucun d'entre eux n'apparaisse plus petit par rapport aux deux autres. Les trente centimètres séparant chaque pupitre avaient également fait l'objet d'âpres négociations. La préparation de l'émission avait même été tellement fastidieuse que Jean-Pierre Elkabbach, le patron de la chaîne de télé Public Sénat, fit savoir mardi matin qu'il était sorti de ses gonds, qu'il avait accusé les trois présidentiables de vouloir revenir "au temps de Brejnev" et les avait menacés de filmer et de diffuser leurs pathétiques tractations.

Le règlement était clair. Les trois présidentiables avaient reçu l'interdiction de s'interpeller directement et devaient donc se contenter de répondre l'un à la suite de l'autre aux questions des animateurs. Mais rien ne les empêchait, dans leurs propres interventions, de pointer du doigt ou d'ironiser sur les faiblesses de leurs concurrents. Et, de fait, quelques heures avant le début de l'émission, la rumeur parisienne prêtait à Laurent Fabius, le plus mal placé des trois présidentiables dans les sondages, l'intention de se distinguer en jouant son va-tout : en ruant dans les brancards et en court-circuitant cette mise en scène si minutieusement établie.

Trois profils confirmés

Une certaine tension était donc de mise avant ce "débat" si inédit dans les annales. Dans les annales en général et dans les annales socialistes en particulier : aux présidentielles de 1995, les deux prétendants à l'investiture, Lionel Jospin et Henri Emmanuelli, n'étaient pas apparus ensemble sur un plateau de télé.

Dans l'ensemble cependant, le ton a été parfaitement policé et aucun des trois participants n'a coupé la parole ni interpellé directement un autre orateur. Laurent Fabius est certes parvenu, à force de pugnacité, à faire se positionner ses "compétiteurs" sur plusieurs de ses grandes propositions (généralisation des 35 heures, augmentation du smic de 100 € dès le lendemain de l'élection, etc.), mais aucun de ses deux adversaires n'en s'est trouvé fondamentalement désorienté. Même si Ségolène Royal est apparue moins à l'aise que d'habitude à la télé et sur la défensive sur les 35 heures.

Pour le reste, les trois présidentiables ont confirmé leur image et leur créneau. Ségolène Royal s'est affichée comme la socialiste "de la réalité", proche du concret, de son expérience régionale, nourrie par les exemples de l'étranger, la démocratie participative et la réflexion des experts hors parti. Dominique Strauss-Kahn a affiché le profil du social -démocrate modéré, très attaché à la concertation, plus intéressé à une démarche pensée globalement et s'attaquant aux "problèmes de fond" qu'à des mesures spectaculaires mais ponctuelles. Laurent Fabius a renvoyé l'image du socialiste volontariste, volontiers dirigiste et centralisateur, tourné avant tout vers les classes populaires.

Royal la socialiste atypique, Strauss-Kahn le socialiste pédagogique, Fabius le socialiste vindicatif donc, avant comme après l'émission.

Cela suffira-t-il à faire bouger les sondages ?

© La Libre Belgique 2006