Le PS belge est surtout "royaliste"

Les leaders socialistes belges voteraient pour Ségolène Royal, même si l'intelligence de Strauss-Kahn séduit et impressionne. Dehousse est pour Fabius.

ENTRETIENS FRANCIS VAN DE WOESTYNE

Et les socialistes belges, qui soutiennent-ils ? Quel (le) est le ou la candidate favori (te) de Laurette Onkelinx, de Rudy Demotte, de Philippe Moureaux, d'Anne-Marie Lizin, de Jean-Maurice Dehousse ?

Laurette Onkelinx, la ministre de la Justice, n'hésite pas un instant : "Ségolène Royal. C'est la seule qui soit capable de battre Nicolas Sarkozy. C'est une femme intelligente, courageuse et qui ose la rupture. En ce sens, elle est vraiment intéressante. Son obsession à vouloir réconcilier les citoyens et la politique est vraiment fondamentale. Je la connais bien : nous avons commencé ensemble notre carrière politique en 1992 à l'environnement. C'est une femme de combat, mais c'est aussi une femme simple : elle n'a pas cette arrogance ou ce mépris de certains politiques français. Je n'adhère pas à 100 pc à ses propositions, mais elle a lancé une dynamique nouvelle, un langage nouveau. Elle a le charisme qui peut réattirer des gens et des jeunes vers l'action politique. Elle représente vraiment cet esprit de changement."

Est-ce la "Laurette Onkelinx" française ? "Non. Nous sommes différentes. Mais il y a un moment propice pour les femmes. Aux Etats-Unis, la victoire des Démocrates est aussi celle des femmes."

Rudy Demotte, ministre des Affaires sociales, est lui aussi conquis par la candidate : "J'éliminerais d'emblée Laurent Fabius qui a changé plusieurs fois de position politique : d'abord social-démocrate, il se présente à présent très à gauche. On l'a vu pro puis anti-européen. Sur le plan politique, je me sens assez proche de Dominique Strauss-Kahn. J'apprécie son exigence, sa rigueur intellectuelle : c'est un homme de grande valeur, capable de gérer. Mais sans doute est-il trop proche de l'appareil socialiste. Et je pense qu'il lui manque quelque chose pour accéder à la présidence de la République française : le charisme. Ségolène Royal a ce charisme.

Je considère, en outre, qu'elle ré pond aux attentes et aux besoins de la France profonde et qu'elle va toucher un électorat qui n'est pas nécessairement socialiste. Elle me fait penser à Jacques Delors, qui touchait un public chrétien ou centriste. Autre atout de Ségolène Royal : c'est une femme qui a une conception très concrète de la politique, tandis que face à elle, Nicolas Sarkozy pratique la langue de bois ou la langue de caoutchouc, qu'il adapte en fonction des publics auxquels il s'adresse. Pour moi, Ségolène Royal a des accents de sincérité, même s'il lui arrive de commettre certaines maladresses. Je me réjouis de l'émergence de femmes politiques aux plus hautes fonctions dans les pays occidentaux. Nous aussi, nous avons des femmes de premier plan : voyez Laurette Onkelinx, qui a une détermination incroyable, mais aussi Marie Arena ou Anne-Marie Lizin."

Anne-Marie Lizin dit d'emblée sa préférence "royaliste" : "Je choisis Ségolène Royal, par solidarité féminine, même si son projet doit encore être affiné. Et si je devais vraiment départager les deux hommes, je choisirais Strauss-Kahn qui a été le meilleur lors des débats télévisés. Encore faudra-t-il voir qui Ségolène devra affronter. La machine UMP va se mobiliser pour imposer Sarkozy mais Michèle Alliot-Marie n'a peut-être pas dit son dernier mot. La France est un pays où il est impossible de prédire la victoire à un tel délai."

Philippe Moureaux, vice-président du PS, que l'on aurait pu croire fabiusien, très à gauche comme lui, soutient Ségolène Royal. Pourquoi ? "Un vote de ce genre est aussi un vote d'opportunité. Je crois que Ségolène Royal est la seule qui soit capable de battre quelqu'un dont j'ai très peur : Nicolas Sarkozy. Le fait qu'elle soit une femme me plaît. Cela dit, j'ai entendu des choses que je ne partage pas chez les trois. Chez Ségolène Royal, ces comités de citoyens me dérangent : elle aurait dit participation active de gens, quitte à accorder à ces gens un pouvoir de décision... là, oui. Mais comités de citoyens, cela rappelle de mauvais souvenirs."

Parmi tous ces "royalistes", Jean-Maurice Dehousse se distingue : "Ma préférence va, sans hésitation à Laurent Fabius. Mon féminisme politique qui est toujours très grand, aurait pu me ferait plutôt supporter la candidature de Ségolène Royal avec beaucoup de sympathie. J'en ai moins pour Dominique Strauss-Kahn qui se situe très à la droite des socialistes, même si quelqu'un qui a épousé Anne Sinclair ne peut pas être entièrement mauvais.

Mais Laurent Fabius est le candidat qui a l'expérience la plus intéressante et la plus complète. Il pose aussi le même diagnostic que celui qui a été popularisé par Jacques Chirac : celui de la fracture sociale. Le problème avec Chirac est qu'il a fait une bonne analyse mais que la synthèse n'a pas suivi. Nous sommes dans un contexte de fracture sociale en France et au sein de l'Union européenne. Laurent Fabius a eu le courage de le dire. C'est ce qui nous a rapprochés."

Jean-Maurice Dehousse conclut par une note plus légère sa préférence pour Fabius par rapport à Strauss-Kahn : "Il est de notoriété publique que j'ai toujours préféré le drapeau rouge au préservatif rose..."

© La Libre Belgique 2006