La sortie d’un jeu vidéo inquiète

La polémique enfle depuis quelques jours en Italie autour de la mise sur le marché de “Rule of Rose”, un jeu vidéo ultra violent. Dans une lettre adressée mercredi aux 25 ministres européens de l’Intérieur, le commissaire Franco Frattini se fait l’émissaire des préoccupations de la classe politique italienne en confiant avoir été “profondément choqué par la brutalité et la cruauté obscène” de certaines scènes qu’il aurait visionnées sur Internet.

Peggy Corlin

La polémique enfle depuis quelques jours en Italie autour de la mise sur le marché de “Rule of Rose”, un jeu vidéo ultra violent. Dans une lettre adressée mercredi aux 25 ministres européens de l’Intérieur, le commissaire Franco Frattini se fait l’émissaire des préoccupations de la classe politique italienne en confiant avoir été “profondément choqué par la brutalité et la cruauté obscène” de certaines scènes qu’il aurait visionnées sur Internet.

“Rien à voir avec le moralisme catholique”, assure l’entourage du commissaire italien. “Rule of Rose” donnerait bel et bien froid dans le dos. Annoncé sur la Toile comme “interdit aux adultes”, le nouveau jeu sera mis sur le marché d’ici à la fin du mois, “si tout va bien”, précise le distributeur milanais Digital Bros.

Le principe est simple : il s’agit pour le joueur de se glisser dans la peau de Jennifer, une jeune orpheline confrontée à un cercle de fillettes cruelles et devant se plier à des rites initiatiques parfois sadiques sous peine d’être “éliminée”. “Ambiance malsaine où se mêle jeux d’enfants et sévices humiliants”, annonce un internaute sur le forum de gamecult.com. Code de conduite

“Effroi en jupette” garanti pour les fans de jeux vidéo qui se réjouissent de l’arrivée de ce nouvel “horror-survival”. Un engouement peu partagé en Italie où “Rule of Rose” a causé un vif émoi. Un article paru dans l’hebdomadaire “Panorama”, rare privilégié à avoir visionné le jeu, le présente comme dérangeant, en particulier une scène où la fillette se ferait enterrer vivante. Reprise par le quotidien “La Stampa”, la rumeur a vite fait de gagner l’enceinte du Parlement italien donnant lieu en début de semaine à un débat sur la violence de certains jeux vidéos et les moyens d’en préserver les jeunes Italiens. Dans sa lettre, le commissaire chargé de la Sécurité et de la Justice en Europe propose d’agir en amont, en réfléchissant à “un code de conduite” pour les concepteurs de jeu vidéo. L’initiative remet quelque peu en cause le mécanisme de filtrage qui existe en Europe depuis avril 2003.

L’administrateur du système paneuropéen d’information pour les jeux (Pegi) se serait-il montré trop complaisant en attribuant à “Rule of Rose” un 16 + ? La Nicam, l’institut néerlandais chargé de cette classification s’en défend. Voies explorées Lorsqu’une demande de licence a été introduite en juin 2006, l’institut a répertorié “Rule of Rose” interdit aux moins de 16 ans. “Une note sévère pour le marché européen” assure Wim Bekkers, directeur du Nicam. 18 pc des jeux vidéos vendus en Europe seraient notés entre 16 et 18 +. Quant à cette histoire de jeune fille ensevelie vivante, “ce sont des foutaises” rétorque Bekkers. Même son de cloche chez Digital Bros où l’on estime qu’il serait injuste de renvoyer le jeu en commission d’appel Pegi. Une procédure rare pouvant être lancée par tout consommateur une fois le produit commercialisé.

A l’Interactive software Fédération of Europe (ISFE), la lettre du commissaire européen surprend. Pegi n’est certes pas infaillible mais le système a évolué d’une base volontaire à l’engagement formulé en juillet 2003 par Microsoft, Nintendo et Sony de rendre obligatoire le port de logos d’avertissement. “Je ne peux pas le nier, il y a un engouement pour les jeux vidéos violents” concède Patrice Chazerand, secrétaire général de la Fédération, “le commissaire semble pourtant oublier ce qui a été fait au niveau européen, à savoir le système Pegi”.

Or les accords passés entre éditeurs et développeurs intègrent ces normes. Renforcer le contrôle parental avec des consoles spécialement équipées ou encore celui des distributeurs pour éviter que certains jeux ne tombent entre les mains de mineurs : autant de voies déjà explorées, explique-t-il.