Un retour - provisoire ? - à la normale

Donné perdant du scrutin présidentiel, Jean-Pierre Bemba a déposé plainte. Il faut à présent former le gouvernement et constituerle Sénat, partiellement élu. Et à décider du sort des anciens dirigeants, invités à faire preuve d'humilité...

MARIE-FRANCE CROS ENVOYÉE SPÉCIALE À KINSHASA
Un retour - provisoire ? - à la normale
©BELGA

Kinshasa reprenait son rythme normal, ce week-end, alors que Jean-Pierre Bemba a déposé samedi, devant la Cour suprême, peu avant l'expiration du délai légal, sa plainte au sujet des irrégularités constatées lors du second tour de l'élection présidentielle.

La Cour a sept jours pour se prononcer. Cela fait, la prestation de serment du Président élu doit avoir lieu dans les dix jours qui suivent, prescrit la Constitution, soit le 5 décembre au plus tard.

Une deuxième institution de la IIIe République, après l'Assemblée nationale, installée depuis le 22 septembre, sera alors en place. Resteront à mettre sur pied le gouvernement et le Sénat.

Choisir le Premier ministre

Pour constituer le gouvernement, certains - issus de partis politiques ayant obtenu peu de voix - plaident pour que le Président choisisse son Premier ministre dans la majorité de l'Assemblée et du Sénat réunis, et non de l'Assemblée seule.

Cette proposition a, cependant, peu de succès parce qu'elle est vue comme un moyen de prolonger artificiellement à leur poste les ministres de la transition. Le Sénat sera, en effet, long à mettre sur pied et le pays ne peut attendre autant pour disposer d'un gouvernement effectif.

6 000 chefs coutumiers

Les sénateurs doivent être élus au second degré par les assemblées provinciales. Or, ces dernières comptent des élus (qu'on connaîtra le 5 décembre au plus tard, quand le dépouillement sera terminé), ainsi que des membres cooptés, en leur sein, par les quelque 6 000 chefs coutumiers du pays (263 empereurs et rois, les autres étant de petits chefs), sur la liste desquels pèsent, cependant, des contestations.

En outre, la Commission électorale indépendante (CEI) a repoussé la date limite de dépôt des candidatures aux élections sénatoriales et reporté le scrutin au 7 janvier, au lieu du 29 décembre, faute de candidats en suffisance.

Les députés provinciaux élus et cooptés éliront également, le 16 janvier, le gouverneur et le vice-gouverneur des provinces. Les élections locales auront lieu ensuite, à une date encore non précisée.

Le sort des perdants

Plus que sur ces prochaines échéances, toutefois, les Congolais s'interrogent sur le sort des perdants des scrutins présidentiels. Un décret présidentiel est en préparation, qui accorderait un statut particulier aux quatre anciens vice-Présidents de la transition, soit Jean-Pierre Bemba, Azarias Ruberwa, Yerodia Abdoulaye et Arthur Z'Ahidi Ngoma. Il est question de leur octroyer une garde de sécurité de quatre hommes chacun et un traitement mensuel.

Un chiffre énorme

Au sujet de ce dernier, le chiffre cité et non confirmé est énorme, mais inférieur au traitement qu'ils touchent actuellement. La somme évoquée en indigne certains mais "constitue un coût total qui demeure largement inférieur au milliard de dollars par an que coûte la Monuc" (Mission de l'Onu au Congo), font remarquer les pragmatiques.

Moins d'aide internationale

Reste que le non-respect de l'orthodoxie financière durant les campagnes électorales a valu au Congo de mauvaises notes du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale qui, du coup, n'octroieront aucune aide budgétaire directe au Congo en 2007.

Comment, dans ces conditions, donner au Congolais moyen le sentiment (indispensable, si l'on veut éviter une explosion sociale) que les choses s'améliorent ? La coopération au développement assurée par les pays étrangers jouera, certes, un rôle important, mais qui ne suffira pas.

Des "actes d'humilité" ?

Pourquoi pas, alors, "des actes spectaculaires d'humilité de la part des dirigeants congolais", suggèrent certains, telle que "la diminution du nombre de voitures officielles ou du niveau des émoluments des dirigeants". Ou la relance d'une dynamique civique qui verrait les voies de communication du pays (surtout des pistes, peu de routes) être entretenues par les autorités locales sur base du travail volontaire des citoyens ?

Les Congolais, dirigeants et citoyens, y sont-ils prêts ?

© La Libre Belgique 2006


L'Eufor restera presque au complet jusqu'au 10 décembre "On aurait aimé qu'ils restent plus longtemps, au moins jusqu'à la prestation de serment du Président", dit ce quadragénaire kinois, qui reconnaît, cependant, que son avis n'est pas partagé par tout le monde. "Ils", ce sont les militaires de l'Eufor, la force européenne, essentiellement allemande, déployée au Congo pour prévenir tout risque de dérapage lors des élections. Son mandat se termine le 30 novembre. "Mais le dispositif restera presque complet jusqu'au 10 décembre", nous indique une source allemande. "Les capacités clés restent sur place. Début décembre, un redéploiement aura lieu, mais pas au détriment de la puissance de la Force". "Ce redéploiement doit permettre à la Force d'assurer encore sa légitime défense et l'assistance à personne en danger", confirme une autre source européenne. La puissance militaire des deux rivaux à l'élection présidentielle a diminué à Kinshasa dans la mesure où quelque 600 soldats de Jean-Pierre Bemba ont quitté la ville, sur l'insistance de la Monuc (Mission de l'Onu pour le Congo) et du camp Kabila. Une décision apparemment jugée maladroite par les Européens puisque le général français Henri Bentegeat, président du comité militaire de l'Union européenne, en visite à Kinshasa, a déclaré, lors d'une conférence de presse, qu'il était essentiel que les décisions relatives aux mouvements des soldats affectés à la garde de M. Bemba se prennent d'une manière concertée en cette période délicate. à Kinshasa) © La Libre Belgique 2006