L'Iran se cherche un axe antiaméricain

Ce fut une visite express mais symbolique. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad est resté moins de vingt-quatre heures au Venezuela, mais il ne pouvait commencer sa tournée sud-américaine que dans le pays de son "frère" Hugo Chávez. L'an passé, le président vénézuelien était l'un des rares chefs de l'Etat à soutenir le programme nucléaire iranien face à l'Agence internationale à l'énergie atomique, aux Etats-Unis et à l'essentiel de la communauté internationale

L'Iran se cherche un axe antiaméricain
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françois meurisse

Ce fut une visite express mais symbolique. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad est resté moins de vingt-quatre heures au Venezuela, mais il ne pouvait commencer sa tournée sud-américaine que dans le pays de son "frère" Hugo Chávez.

L'an passé, le président vénézuelien était l'un des rares chefs de l'Etat à soutenir le programme nucléaire iranien face à l'Agence internationale à l'énergie atomique, aux Etats-Unis et à l'essentiel de la communauté internationale.

Le coeur de l'alliance stratégique entre les deux hommes est bien sûr la lutte contre l'hégémonie américaine et l'administration Bush, seul point commun idéologique entre la "révolution bolivarienne" et la "révolution islamique".

Comme l'a expliqué ce week-end Hugo Chávez, "nous pouvons dire que nous sommes une seule et même patrie, au fond une seule révolution."

L'arme du pétrole

Selon l'analyste politique Alberto Garrido, les deux pays sont même prêts à utiliser l'arme du pétrole contre les Etats-Unis : "Chávez et Ahmadinejad ont tous deux promis de couper le robinet de pétrole en cas d'agression, et ils envisagent de ne plus facturer le brut en dollars mais en euros." Les deux pays vont ainsi créer une entreprise mixte entre leurs géants pétroliers respectifs PDVSA (Pétroles du Venezuela SA) et Petropars, afin de développer, exploiter et commercialiser du brut sur le plan international.

Et les deux présidents ont également promis d'oeuvrer au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) pour une baisse des quotas de production.

L'objectif ? Faire cesser la dégringolade des cours du baril qui ont chuté de 14 pc depuis le début de l'année. Une baisse qui frappe de plein fouet l'Iran et le Venezuela, respectivement quatrième et neuvième producteurs mondiaux de brut.

Après les onze accords bilatéraux conclus en juillet à Téhéran et les trente-six signés lors de son premier passage à Caracas en septembre pour 2 milliards de dollars, les deux hommes ont conclu onze nouveaux agréments. Ils concernent l'éducation et l'industrie au Venezuela - deux usines fabriquent déjà des voitures et des tracteurs irano-vénézuéliens en province.

Nicaragua, puis Équateur

Après le Venezuela, le président iranien a poursuivi dimanche au Nicaragua sa tournée régionale en quête d'alliés antiaméricains par une visite au nouveau chef de l'Etat Daniel Ortega, l'ex-guérillero marxiste. Une réunion de travail doit déboucher sur une série d'accords de coopération économique entre les deux pays dans divers secteurs, de l'énergie à l'agriculture. Le président iranien a également souhaité assister à un service religieux au Centre islamique de Managua.

Avant son départ en Amérique latine, le président iranien avait annoncé son intention d'"étendre et renforcer les liens" avec Daniel Ortega, grand ennemi de Washington à l'époque de la Guerre froide. Le dirigeant sandiniste, dont le premier mandat s'était soldé par de nombreuses confiscations et nationalisations entre 1979 à 1990, a été investi la semaine dernière.

Son périple se poursuivra lundi en Equateur pour l'investiture de Rafael Correa, un économiste de gauche nationaliste, qui a refusé de signer un contrat de libre-échange avec les Etats-Unis. À l'occasion de cette cérémonie à Quito, le président iranien pourrait rencontrer le président socialiste bolivien Evo Morales. (Avec AFP)

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