Tous malades voire morts de chaud ?

Le réchauffement climatique aura inévitablement des répercussions sur la santé. Directes ou indirectes, les conséquences ne sont pas encore toutes définies. Les récentes canicules ont donné un avant-goût.

Laurence Dardenne

Indéniablement, le réchauffement climatique aura des répercussions sur la santé, ne fût-ce par le fait que la santé humaine dépend de facteurs physiques tels que la température ou l'humidité de l'air. Les conséquences seront directes mais aussi indirectes.

Elles pourraient être d'autant plus lourdes que la population vieillissante est en constante augmentation.

Tous les spécialistes s'accordent pour le reconnaître et, parmi eux, Jean-Pascal Van Ypersele, climatologue à l'UCL, ne fait pas exception, lui qui s'est récemment exprimé sur le sujet notamment dans la revue de l'association Greenpeace.

Petit tour d'horizon des principaux impacts en compagnie de ce spécialiste et d'autres, qui se sont abondamment penchés sur la question.

1 Hausse de la température moyenne. D'après le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC), la température moyenne terrestre devrait augmenter entre 2 et 5 degrés d'ici 2050.

Mais à travers l'augmentation moyenne de cette température, c'est sans doute les pics qui apparaissent lors des périodes caniculaires qui s'avèrent les plus redoutables. Lors des récentes vagues de chaleur qui se sont déroulées notamment en Europe, on a effectivement enregistré une surmortalité principalement chez les personnes âgées et les plus vulnérables, victimes de coup de chaleur, d'hyperthermie, de déshydratation aiguë, de problèmes respiratoires ou de pathologies cardiaques.

Dans les grandes villes, on estime que le taux de mortalité pourrait doubler voire tripler les jours de température exceptionnellement élevée.

2 Qualité de l'air. La chaleur favorisant la formation de l'ozone et de smog, les personnes souffrant de pathologies respiratoires feront inévitablement les frais de ces modifications du climat. Lors des récents épisodes de pollution de l'air par l'ozone, une surmortalité a été enregistrée.

En outre, la saison d'émission des pollens allergisants devrait être rallongée, ce qui nuira également à la santé des patients allergiques. Selon un groupe de travail du GIEC, une fréquence accrue des périodes sèches peut entraîner des phénomènes d'érosion, et donc une mise en suspension plus importante de poussières et de pollens dans l'atmosphère augmentant les risques d'allergie.

3Qualité de l'eau. Les périodes de sécheresse auront inévitablement pour conséquences la dégradation de la qualité de l'eau. Et les phénomènes extrêmes comme les ouragans, les inondations ou les tempêtes causeront également des dégâts à ce niveau.

4 Émergences de certaines maladies. L'augmentation de la température moyenne devrait par ailleurs favoriser l'expansion de certaines pathologies, plus particulièrement encore dans les pays en développement.

Ainsi le réchauffement du climat pourrait-il affecter, d'ici la fin du siècle dans ces pays, quelque 200 millions de personnes supplémentaire, par la seule augmentation du risque de contracter la malaria, dont le potentiel épidémique est maximal entre 29 et 34°... D'autres vecteurs de maladies profiteront de ces conditions propices pour se propager à foison. Outre les moustiques, on prévoit par exemple que certaines mouches et autres tiques, sensibles au climat, participent à l'expansion de maladies comme la dengue, le virus du Nil occidental et autres parasitoses. On devrait donc assister à une recrudescence de maladies infectieuses comme le paludisme, mais aussi la dengue, la fièvre jaune ou les encéphalites dans les zones de basse et moyenne latitudes liées à l'augmentation de la température moyenne, et à la possibilité de remontée des maladies tropicales vers des régions plus septentrionales.

Déjà en Belgique, les cas de maladie de Lyme, causée par la tique et qui peut s'avérer très grave, sont passés de 42 en 1991 à 722 en 2003. Ceci est le résultat d'hivers moins vigoureux, favorisant le développement des tiques. Enfin, il ne fait aucun doute que les températures élevées contribueront à la prolifération de certains micro-organismes comme les salmonelles et les moisissures.

5 Evénements extrêmes. On sait aussi que l'on devrait assister à une augmentation croissante d'événements extrêmes, comme des cyclones, des inondations et des tempêtes qui auront des conséquences directes sur la santé humaine, faisant des blessés et des morts, mais aussi des conséquences plus indirectes, avec le développement de maladies infectieuses liées notamment à la dégradation des installations sanitaires ou encore des désordres psychologiques parmi les populations touchées. Quant aux périodes de sécheresse plus aiguë, particulièrement dans les régions tropicales, elles entraîneront des problèmes exacerbés de malnutrition et de famine.

6Effets positifs . Si la multiplication des stress thermiques entraîne une augmentation de la mortalité, la diminution du nombre de jours très froids en hiver devrait en contrepartie diminuer le nombre de décès d'origine cardio-vasculaire.

Quels que soient les impacts du réchauffement climatique sur la santé, ils seront éminemment dépendants de l'état de vulnérabilité de la population, de l'accès aux infrastructures sanitaires, des ressources naturelles, sociales et techniques disponibles, de la capacité des Etats à faire face et de leurs habitants à s'adapter aux nouvelles conditions climatiques.

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