La campagne au ras des pâquerettes

Des voisins de Sarkozy jusqu'au scooter de son gamin : tout est sujet à débat.Et une deuxième bavure des Renseignements généraux ? "Rideau de fumée", dit l'UMP.

La campagne au ras des pâquerettes
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BERNARD DELATTRE

Correspondant PERMANENT A PARIS

Il y avait déjà une première affaire liée aux Renseignements généraux (RG) : la révélation mercredi dernier de l'existence aux RG d'une fiche récemment actualisée sur Bruno Rebelle, le nouveau conseiller environnement de Ségolène Royal. En voilà une seconde, sortie ce mercredi encore et par "Le Canard Enchaîné" toujours : l'affirmation selon laquelle les mêmes RG - directement sous la tutelle du ministre de l'Intérieur et donc candidat UMP à l'Elysée Nicolas Sarkozy - auraient été à l'origine des rumeurs malveillantes ayant circulé récemment sur le patrimoine immobilier du couple Hollande-Royal et sur ses prétendues manoeuvres d'évasion fiscale.

"Ce n'est pas vrai, c'est de la calomnie, c'est des mensonges", s'est emporté Nicolas Sarkozy mercredi, après que la direction des RG se fut elle-même déclarée "indignée par les accusations mensongères portées contre l'honneur de ses fonctionnaires". Des fonctionnaires que "Le Canard" accuse d'avoir, en novembre, enquêté sur la fortune du couple Hollande-Royal puis rédigé une note sur le sujet, note qui, "formidable coïncidence", aurait ensuite abouti sur Internet et dans des rédactions, avant que ses fausses allégations soient reprises par un élu UMP.

Même démenti, ce nouvel incident a évidemment relancé la polémique sur la double casquette de Nicolas Sarkozy.

"Confusion des genres"

Fort de l'exemple donné dans le passé par les Chirac, Giscard, Jospin et autres Balladur notamment, le ministre de l'Intérieur réfute toute "confusion des genres" entre son maroquin et son statut de candidat. Et entend donc demeurer à son ministère (qui est en charge de l'organisation des élections) jusqu'à l'ouverture officielle de la campagne électorale, début avril. Mais ce cumul phagocyte toute la pré-campagne. Jour après jour, la gauche et les centristes tapent sur le clou. Accusent Nicolas Sarkozy d'utiliser "de manière éhontée et abusive" les moyens de l'Etat "à des fins partisanes et personnelles". Vont jusqu'à le soupçonner d'avoir mobilisé des moyens policiers exagérés pour élucider le vol du scooter d'un de ses enfants ou pour ficher les habitants de la rue de Paris où son QG de campagne a été installé, afin de le sécuriser.

Cette controverse prend une telle ampleur que, désormais, pour élucider ces sombres barbouzeries présumées, sont mobilisés rien moins que plusieurs tribunaux, la commission nationale de l'informatique et des libertés et l'Inspection générale de la police nationale - sans parler du Conseil constitutionnel et de l'Elysée, qui ont été saisis d'une demande de révocation du ministre de l'Intérieur.

Mais le candidat de l'UMP a beau être accusé des pires dérapages, il n'en continue pas moins, depuis son sacre de la mi-janvier, de s'envoler dans les sondages. Laissant désormais loin derrière lui sa rivale socialiste, qu'il accuse de dresser des "écrans de fumée" pour dissimuler la vacuité de son programme et le piétinement de sa campagne.

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