Berlusconi, les affaires encore les affaires

Silvio Berlusconi est accusé d'avoir acheté de faux témoignages en sa faveur à son avocat, David Mills. Cela afin de le préserver de la justice lors de deux procès à la fin des années 90. Berlusconi pourra encore compter sur le facteur temps.

Frédéric Hacourt
Berlusconi, les affaires encore les affaires
©AP

Correspondant à Rome

Les poursuites judiciaires n'en finissent décidément pas pour Silvio Berlusconi. Après avoir réussi à échapper douze fois aux rigueurs de la loi pour des accusations de fraude fiscale, de corruption et de faux en écriture, l'ex-Premier ministre et roi de la télévision privée italienne est aujourd'hui appelé à répondre devant le tribunal de Milan de subornation de témoin et de faux témoignage. Cela pourrait lui valoir de 3 à 8 ans de réclusion. Série noire

Le dossier est complexe. Au départ, il y a cette autre procédure, en cours depuis novembre dernier et toujours à Milan. "Sua Emittenza" Berlusconi est accusé d'appropriation indue et de blanchiment pour avoir systématiquement constitué depuis les années 80 d'importants fonds secrets à travers la fausse facturation à l'achat de droits de reproduction de séries télévisées américaines. Un des acteurs principaux de l'escroquerie est le producteur Frank Agrama, basé à Hollywood. Sur commission rogatoire, les autorités fiscales américaines ont déterminé qu'entre les seules années 1998 et 2002, Agrama avait acquis essentiellement de Paramount des droits pour 130 millions de dollars aussitôt revendus à Mediaset, la société multimédia de Berlusconi, pour 315 millions - la différence étant ristournée à Mediaset par un circuit opaque de sociétés off-shore. Selon le tribunal de Los Angeles, au moins 6,5 millions de dollars sont tombés dans l'escarcelle des hauts dirigeants de Mediaset. Selon l'accusation milanaise, le reste a gonflé les finances occultes servant l'ascension politique de M. Berlusconi.

Le procès intenté a cependant bien peu de chances d'éviter la prescription (en tant que Premier ministre jusqu'à mai 2006, Silvio Berlusconi avait pris soin de dépénaliser le faux en écriture et surtout de réduire de moitié les délais de poursuite pour délits financiers). Il joue aussi gagnant car le tribunal de Los Angeles a jugé irrecevable la commission rogatoire, les agents du FBI en ayant profité pour saisir chez Frank Agrama des documents couverts par le secret professionnel et non, comme prévu, de simples attestations de versements bancaires.

Faux témoignages

Mais, ce qui occupe l'avant-scène judiciaire aujourd'hui est un avatar de ce procès. Pour bâtir son circuit de sociétés off-shore, Silvio Berlusconi a utilisé les bons offices de Davis Mills, un avocat anglais qui n'a pas hésité à se vanter par écrit d'avoir reçu une prime de 600 000 dollars de la part de "Mr B" pour témoigner le faux à deux reprises devant les juges italiens. En aveux, mais ayant plusieurs fois changé de version, Mills se trouve sur le banc des accusés aux côtés de Berlusconi.

Cette nouvelle affaire pourra difficilement, elle aussi, éviter la prescription en février 2008. Mais cette fois Silvio Berlusconi n'a plus la "protection" due à ses anciennes fonctions de Premier ministre. Du coup, les magistrats vont tenter une percée...


Un virtuose de la prescription L'ex-Président du Conseil, Silvio Berlusconi, dont le gouvernement avait réduit fort à propos la période de prescription d'un délit, a été poursuivi à plusieurs reprises par la justice. Toutes les condamnations prononcées jusqu'à présent ont été renversées en appel, font l'objet d'appels ou ont été annulées à l'expiration de la prescription. L'avant-dernier procès de Berlusconi remonte à janvier. L'homme le plus riche d'Italie était poursuivi pour des malversations dans une affaire d'achat de droits cinématographiques par son groupe de télévision, Mediaset. Les faits seront prescrits si l'ensemble du processus judiciaire n'est pas bouclé avant novembre 2007. Un délai impossible à respecter dans le système judiciaire italien...