La folle tragédie évangéliste

Ils étaient partis, le visage souriant, avec la foi ingénue du charbonnier : aider et évangéliser l'Afghanistan à majorité sunnite, une république islamique ! Leur périple a tourné au drame, mercredi, avec l'exécution de l'un d'eux, l'un des 23 jeunes évangélistes sud-coréens pris en otage par les talibans le 19 juillet.

La folle tragédie évangéliste
©EPA
Christophe Lamfalussy

Ils étaient partis, le visage souriant, avec la foi ingénue du charbonnier : aider et évangéliser l'Afghanistan à majorité sunnite, une république islamique ! Leur périple a tourné au drame, mercredi, avec l'exécution de l'un d'eux, l'un des 23 jeunes évangélistes sud-coréens pris en otage par les talibans le 19 juillet.

Le groupe - des volontaires de 20 à 30 ans de l'Église évangélique de Sammul, dont dix-huit jeunes femmes - avait été arrêté dans un autobus privé qui les menait de Kandahar à Kaboul, une route très dangereuse, dont certaines portions tombent fréquemment dans les mains des groupes armés. La plupart des ressortissants étrangers ne prennent plus cette route, même s'ils disposent d'une protection privée ou policière.

Mercredi, les talibans ont annoncé avoir exécuté l'un des otages masculins. "Nous perdons patience", avait dit un porte-parole des talibans, qui réclamaient la libération de huit des leurs emprisonnés par les forces afghanes. Les talibans se plaignent de "l'indifférence" de Kaboul, où le président Hamid Karzai a annoncé qu'il ne procéderait plus à aucun échange de prisonniers contre des otages après l'affaire du journaliste italien Daniele Mastrogiacomo.

Parce qu'il était malade

De source policière afghane, l'otage sud-coréen a été abattu parce qu'il était malade et ne pouvait plus marcher. Pourchassés, les talibans imposent des déménagements constants à leurs otages qui s'affaiblissent rapidement, surtout s'ils sont malades.

La situation restait confuse hier soir, car dans le même temps, Séoul annonçait la libération de huit otages, avant d'être démentie par les talibans et le gouverneur de la province de Ghazni, où des tractations avaient lieu avec une délégation venue de Séoul.

Les talibans mettaient la pression maximale pour obtenir la libération de prisonniers et, fort probablement, des rançons. Ils menaçaient hier de tuer tous les otages avant la fin de la nuit.

Un pays d'évangélisateurs

La tragédie suscite de nombreuses questions à Séoul. Le quotidien Chosun IIbo (droite) a ainsi dénoncé lundi, dans un éditorial, le tort que causent les groupes religieux qui partent, comme missionnaires ou volontaires, dans des pays aussi dangereux que l'Afghanistan.

La Corée du sud est, après les Etats-Unis, le deuxième pays qui exporte le plus des missionnaires évangélistes dans le monde. Selon la Korea World Mission Abroad, près de 16000 missionnaires sillonnaient le monde, principalement l'Asie, à la fin 2006.

Les vingt-trois otages font partie d'une petite communauté établie au sud de Séoul, au sein de l'Église de Sammul.

Rien que cet été, huit équipes d'évangélistes devaient aller en Afghanistan. Elles ont renoncé à leur voyage. Séoul a désormais interdit à ses concitoyens de voyager en Afghanistan. Environ 49 pc de la population sud-coréenne est de confession chrétienne, et 47 pc est bouddhiste, selon le World Almanach.