Le choix d'EADS provoque un choc aux USA

Le choix de l'européen EADS pour la très lucrative modernisation de la flotte d'avions ravitailleurs de l'armée de l'Air américaine provoquait samedi des réactions indignées aux Etats-Unis, alors qu'il était salué comme un "succès historique" de l'autre côté de l'Atlantique. Des millions d'euros de retombées en Belgique

Le choix d'EADS provoque un choc aux USA
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Belga

Le choix de l'européen EADS pour la très lucrative modernisation de la flotte d'avions ravitailleurs de l'armée de l'Air américaine provoquait samedi des réactions indignées aux Etats-Unis, alors qu'il était salué comme un "succès historique" de l'autre côté de l'Atlantique.

Ce méga-contrat, l'un des plus importants du Pentagone, porte sur 179 appareils pour quelque 35 milliards de dollars, la première tranche d'un marché estimé à plus de 100 milliards de dollars sur trente ans.

Son attribution, à la surprise générale, à l'européen EADS, maison-mère d'Airbus, allié à l'américain Northrop Grumman, constitue une "défaite stupéfiante" pour l'avionneur américain Boeing, "qui entretenait une relation de plusieurs décennies" avec le ministère américain de la Défense, soulignait samedi le New York Times. "Ce n'est pas simplement une défaite, c'est un séisme", a déclaré l'analyste militaire Loren Thompson de l'Institut Lexington au quotidien new-yorkais.

Le contrat, initialement attribué à Boeing, avait été annulé en 2004 après la découverte de conflits d'intérêt. "Nous sommes outrés de cette décision en faveur de l'européen Airbus et de ses employés étrangers", s'est insurgée une délégation de huit parlementaires de l'Etat de Washington (nord-ouest) où Boeing assemble ses avions. "C'est un choc pour l'industrie aéronautique américaine, pour les travailleurs américains, les hommes et les femmes qui portent l'uniforme aux Etats-Unis", ajoute leur communiqué publié dans le Seattle Times. Le sénateur républicain Sam Brownback, "choqué" et "très déçu", a indiqué qu'il réclamerait "un compte-rendu détaillé" au secrétaire à la Défense Robert Gates.

Même inquiétude pour le représentant Todd Tiahrt. "Nous devrions avoir un avion américain construit par une entreprise américaine avec des salariés américains". Selon le républicain Duncan Hunter, membre de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants, "la décision de l'US Air Force va coûter plus de 100.000 emplois" aux Etats-Unis, en profitant à "des gouvernements européens qui refusent de nous soutenir dans la guerre contre le terrorisme".

Mais EADS s'est engagé à délocaliser l'assemblage de l'A330 cargo dans l'Alabama (sud) permettant de créer des emplois dans cet Etat. Le sénateur de l'Alabama (sud) Richard Shelby s'est d'ailleurs réjoui. "Ce n'est pas simplement la bonne décision pour notre armée, mais c'est une grande nouvelle pour l'Alabama". Le contrat pourrait, selon lui, créer 1.800 emplois dans la région de Mobile et 5.000 dans l'Etat. Boeing était tellement donné gagnant tous azimuts qu'une sénatrice républicaine du Texas a même envoyé prématurément un communiqué se félicitant de la victoire de Boeing.

Mais c'est en fait un triomphe sans précédent pour EADS qui est sorti du chapeau. De l'autre côté de l'Atlantique, le président français Nicolas Sarkozy a salué un "succès historique qui consacre le savoir-faire d'exception de l'entreprise européenne dans le domaine de l'aéronautique, tant civile que de défense". "C'est un immense succès pour Airbus et pour l'industrie aéronautique européenne", le signe de la bonne "coopération" avec Washington, s'est aussi félicitée la Chancelière allemande Angela Merkel.

Pour le secrétaire d'Etat britannique aux entreprises John Hutton, "c'est un vote de confiance bienvenu pour l'industrie aéronautique hautement compétitive de Grande-Bretagne. En Belgique, Claude Bolette, directeur général de Belairbus, également "surpris" du choix du Pentagone, l'a qualifié de "victoire tout à fait extraordinaire" pour EADS.

Mais du côté des syndicats, on s'inquiète pour l'emploi des salariés d'Airbus en Europe. "Très bonne nouvelle commerciale", ce contrat ne va pas "être sans conséquence tant au niveau industriel que social", souligne la CFDT d'Airbus.