Sarkozy se targue de n'avoir "cessé de prendre des initiatives"

Les proches de l'otage apprécient cet activisme, même si ses résultats ont, jusqu'à présent, été limités.

BERNARD DELATTRE

CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS Nous n'avons pas le droit de rester sans rien faire", a encore martelé Nicolas Sarkozy, mardi soir, dans son message vidéo adressé aux Farc. De fait, depuis son entrée en fonction, le Président français n'a pas ménagé ses efforts pour obtenir la libération de l'otage - qui a la nationalité française depuis son mariage avec l'ambassadeur Fabrice Delloye. Dans son premier discours le soir de son élection, le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy avait d'ailleurs déclaré qu'il ferait de ce dossier une des priorités de sa diplomatie.

Avant la constitution mardi de la mission humanitaire appelée à "aider à la prise en charge d'Ingrid et de ses codétenus les plus affaiblis", l'hôte de l'Elysée avait adressé, dès décembre 2007, un message au chef de la guérilla colombienne, dans lequel il en appelait solennellement à sa "conscience" et formait "le rêve qu'Ingrid soit au milieu des siens pour Noël". Ces derniers mois, le chef de l'Etat n'a eu de cesse de prôner la conclusion d'"un accord humanitaire" entre les belligérants ainsi que la création de "zones de rencontre" démilitarisées où pourraient s'effectuer les échanges entre otages et guérilleros. Nicolas Sarkozy a aussi obtenu la libération par Bogota d'un hiérarque des Farc, dans l'espoir qu'il intercède auprès des siens en faveur de la libération d'Ingrid Betancourt. Il a multiplié les contacts avec ses homologues latino-américains. A reçu le sulfureux Hugo Chavez en grandes pompes à Paris l'automne dernier, malgré la polémique naissante autour de sa "real-politik" étrangère. Et a été jusqu'à proposer de se rendre personnellement en Colombie, "s'il le faut", pour aller y chercher Ingrid Betancourt.

"Je n'ai cessé de prendre des initiatives" dans ce dossier, s'était auto-félicité, en février dernier, le chef de l'Etat. Qui juge que son activisme a déjà été doublement récompensé. Des preuves de vie de la Franco-colombienne, attendues depuis tant d'années, sont arrivées l'an dernier, et la médiation d'Hugo Chavez a abouti à la libération de quelques otages dont Clara Rojas, une proche de Betancourt. Pour l'Elysée, ces deux acquis importent plus que les critiques entendues sur la légitimité politique et l'exposition médiatique internationales sans précédent qu'aurait données aux Farc la gestion très ostensible de ce dossier par Paris, ou sur les risques d'instrumentalisation de la France par les deux parties colombiennes.

Loin de "la compassion" de Chirac

Le dossier Betancourt est directement géré à l'Elysée par le conseiller diplomatique en chef du Président, Jean-David Levitte. Le quai d'Orsay y est associé en la personne d'un ancien ambassadeur de France en Colombie, par ailleurs époux d'Astrid Betancourt, la soeur d'Ingrid. Le quai d'Orsay ne pilote toutefois plus la manoeuvre. A fortiori depuis qu'en octobre 2007, le ministre Kouchner a annoncé de manière prématurée, sinon intempestive, détenir des preuves de vie de l'otage. Et, avant cela, depuis mai 2003 : lorsque le chef de la diplomatie de l'époque, Dominique de Villepin (jadis un proche d'Ingrid Betancourt) avait envoyé les services secrets français dans la forêt amazonienne pour une rocambolesque tentative d'exfiltration de la jeune femme, opération qui échoua et fâcha Bogota comme Brasilia.

En février, Nicolas Sarkozy avait raillé son prédécesseur à l'Elysée : "Pendant cinq ans, l'affaire Betancourt n'a pas avancé d'un centimètre." Les proches de l'otage sont de son avis. A la fin de l'ère Chirac, le comité de soutien boycottait le quai d'Orsay. Et Mélanie Betancourt refusait de "poser sur une photo avec un sourire à côté d'un ministre (NdlR : Philippe Douste-Blazy, alors aux Affaires étrangères) qui n'a pas fait ce qu'il devait faire". Et était accusé de se contenter de "compassion médiatique". Dorénavant, la fille d'Ingrid Betancourt fait la bise au chef de l'Etat. Et le comité de soutien à sa mère, souvent reçu à l'Elysée, ne tarit pas d'éloges envers son hôte, qui selon lui "prend admirablement en main" ce dossier.