Barroso en campagne pour un nouveau mandat

Fort du soutien déclaré de la France et de l'Italie, José Manuel Barroso prend ses marques pour se succéder à lui-même à la tête de la Commission européenne malgré un bilan en demi-teinte et une réputation de faiblesse face aux Etats de l'UE.

AFP
Barroso en campagne pour un nouveau mandat
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"Si je devais prendre une décision aujourd'hui à propos d'un second mandat, je dirais 'oui', à condition bien sûr d'avoir le soutien des Etats membres et du Parlement" européen, a lâché ce week-end au quotidien néerlandais NRC Handelsblad M. Barroso, dont le mandat arrive à échéance à l'automne 2009.

A un an des élections européennes de juin 2009, M. Barroso, un libéral de centre-droit de 52 ans, prend date. Son ambition de rester en poste était un secret de Polichinelle mais le contexte lui permet de l'officialiser. Coup sur coup, la France et l'Italie viennent de l'adouber pour un second mandat, malgré le rejet du traité de Lisbonne en Irlande et des tensions entre les services de M. Barroso et les deux pays sur plusieurs dossiers.

"Lorsque nous devrons, bientôt, nommer un président de la Commission, notre candidat sera le président Barroso. Nous voyons en toi le meilleur président", lui a déclaré mardi le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi.

Le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy lui a aussi apporté publiquement son soutien, tout comme le président du Parlement européen, le conservateur allemand Hans-Gert Pöttering. Les eurodéputés joueront un rôle clé dans le choix du futur chef de l'exécutif européen, même si sa désignation revient aux dirigeants des 27. Les conservateurs constituent déjà le premier groupe politique du Parlement européen et cette tendance a toutes les chances d'être confirmée l'an prochain, la droite dominant l'échiquier politique en Europe aujourd'hui.

Reste à savoir si les soutiens affichés survivront à un prolongement de la crise institutionnelle de l'Europe et au fossé constaté avec les citoyens. Faute d'un nouveau vote, positif, en Irlande, les dirigeants européens, notamment en Allemagne, pourraient bien in fine être tentés de faire le choix du renouveau à Bruxelles.

Le bilan institutionnel du Portugais, censé incarner l'image de l'Europe, n'est pour l'heure guère brillant: un rejet du projet de Constitution européenne en 2005 en France et aux Pays-Bas, suivi d'un "non" irlandais le 12 juin au texte qui lui a succédé, le traité de Lisbonne. M. Barroso, mis aussi en cause pour ne pas avoir suffisamment fait campagne en faveur du traité en Irlande, refuse d'endosser la responsabilité du désamour qui frappe l'Europe.

"Jamais une Commission n'a fait autant pour rapprocher le citoyen et l'Europe (...) Si nous avions le même engagement des responsables nationaux, je peux vous garantir que la situation serait bien meilleure", dit-il dans une interview publiée dans la dernière édition de l'hebdomadaire français Le Point.

Arrivé à Bruxelles en 2004 avec l'intention de moins légiférer et de promouvoir une Europe des "résultats", M. Barroso peut se targuer de quelques avancées, comme le plan européen ambitieux contre le réchauffement climatique en cours de négociation. Mais il se voit reprocher une certaine inertie face aux grands défis, comme la crise financière ou le troisième choc pétrolier.

Ses services semblent depuis déjà plusieurs mois tourner au ralenti. Et ses détracteurs lui reprochent de contribuer à l'affaiblissement de la Commission, qui manque de profil face aux Etats. "La Commission Barroso est très faible, M. Barroso lui-même est un président faible, c'est la raison pour laquelle les dirigeants européens voudront le garder, car il ne leur fait pas d'ombre", raille un haut fonctionnaire de la Commission.