Coup d'Etat : quid de la démocratisation ?

Que va-t-il advenir du "modèle de transition démocratique" que la Mauritanie représentait en Afrique après le coup d'Etat militaire dont a été victime le premier président démocratiquement élu du pays, Sidi Ould cheikh Abdallahi ? Telle était la principale question posée mercredi après les événements de Nouakchott.

Coup d'Etat : quid de la démocratisation ?
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Gérald Papy

Que va-t-il advenir du "modèle de transition démocratique" que la Mauritanie représentait en Afrique après le coup d'Etat militaire dont a été victime le premier président démocratiquement élu du pays, Sidi Ould cheikh Abdallahi ? Telle était la principale question posée mercredi après les événements de Nouakchott.

Le coup de force a été rapide au palais présidentiel. Le président Abdallahi avait à peine promulgué un décret " nommant quelques nouveaux officiers au niveau de la Garde présidentielle, de l'état-major national et de la Garde nationale " que les hauts gradés concernés se rebellaient et plaçaient en état d'arrestation le Président, le premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf et son ministre de l'Intérieur, avant de les emmener dans un lieu non précisé. Une prise de pouvoir qui s'est passée sans coup de feu ni effusion de sang. " Des membres de la Garde présidentielle ont arrêté le Président à sa résidence et le Premier ministre à son bureau; ils ont coupé les téléphones de la présidence et confisqué tous les téléphones de la Première Dame ", a expliqué un porte-parole de la Présidence. Les locaux de la radio et de la télévision ont été investis un temps par les militaires mais les émissions ont poursuivi leur cours normal. Les rues de Nouakchott sont apparemment restées calmes toute la journée de mercredi. Une cinquantaine de Belges sont censés résider en Mauritanie mais le ministère belge des Affaires étrangères, en raison de la période des vacances, ne pouvait confirmer leur présence. L'Union africaine et l'Union européenne ont condamné le putsch, cette dernière menaçant de suspendre sa coopération.

S'il a été soudain, le coup d'Etat n'était pas imprévisible, tant la situation intérieure mauritanienne s'était dégradée ces derniers jours. A l'origine de ce pourrissement, la contestation grandissante du Président et de son gouvernement. Sidi Ould cheikh Abdallahi a été élu Président au printemps 2007. C'était une promesse des militaires qui avaient démis, à la faveur d'un autre coup d'Etat le 3 août 2005, le président autocratique Maaouiya Ould Taya, au pouvoir depuis 1984. La restitution du pouvoir aux civils en Mauritanie devenait alors un exemple réussi de transition vers la démocratie. D'autant que des élections législatives s'étaient déroulées, avec un satisfecit des observateurs étrangers, en novembre 2006.

Mais Sidi Ould cheikh Abdallahi n'a apparemment pas répondu aux attentes démocratiques dans un contexte, il est vrai, marqué par des émeutes de la faim en raison de la crise alimentaire mondiale et par l'irruption d'un groupe islamiste se revendiquant d'al Qaeda (attaque de l'ambassade d'Israël, enlèvement de touristes français forçant l'annulation du rallye Paris-Dakar...). Résultat : la fronde a commencé à gronder au sein du parti du président, le Pacte national pour la démocratie et le développement (PNDD). Lundi, 25 députés et 23 sénateurs ont ainsi annoncé leur démission de la formation, membre de la coalition gouvernementale. Les observateurs se sont interrogés alors de savoir si le mouvement visait d'abord le Premier ministre ou le Président. Mais une déclaration du porte-parole des rebelles, le député Sidi Mohamed Ould Maham, regrettant que " le processus démocratique a été dévié de son cours normal " et dénonçant " un détournement des deniers publics et de la gabegie " semblait tout de même lourd de menaces pour la présidence, d'autant que la Première Dame était elle-même sous la menace d'une commission d'enquête pour détournement de fonds publics. Bref, après l'annonce du coup d'Etat, certains observateurs se demandaient si le principal instigateur du putsch, Mohammed Ould Abdel Aziz, n'était pas aussi derrière la fronde des parlementaires.

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