Afghanistan et Irak: le gâchis

Ironie de l'Histoire : le gouvernement de Kaboul a réclamé lundi une renégociation de la présence étrangère en Afghanistan le jour où le premier ministre irakien a cru pouvoir annoncer un accord sur un retrait des troupes américaines. Présence américaine de plus en plus contestée

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© AP
Par Gérald Papy

Ironie de l'Histoire : le gouvernement de Kaboul a réclamé lundi une renégociation de la présence étrangère en Afghanistan le jour où le premier ministre irakien a cru pouvoir annoncer un accord sur un retrait des troupes américaines avant d'être sèchement démenti par le Département d'Etat à Washington.

Ces deux informations traduisent, s'il le fallait encore, les dommages que produisent et que laisseront les troupes, essentiellement américaines, déployées dans ces deux pays dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme" lancée par George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001.

Si la guerre en Afghanistan pour déloger du pouvoir les Talibans alliés des terroristes d'al Qaeda, avait une pertinence et une légitimité dans ce cadre, celle menée en Irak n'en avait pas.

Or, que constate-t-on aujourd'hui ? Que la situation en Afghanistan a pris la voie de la descente aux enfers qu'a connue l'Irak depuis 2003 (violences accrues contre les forces étrangères, "dommages collatéraux" répétés aux dépens des civils, fragilisation du pouvoir installé par les Etats-Unis...). Que des éléments terroristes actifs en Irak, nous disent les experts, viennent de plus en plus en aide aux Talibans pour renforcer le jihad en Afghanistan. Bref, qu'au lieu de terminer le travail entamé à Kaboul, George W. Bush a créé à Bagdad une "machine monstrueuse" qui se retourne désormais contre les acquis ténus engrangés en Afghanistan.

Là, ce sont les bavures répétées de l'armée américaine faisant des victimes innocentes parmi les civils qui conduisent le président Hamid Karzaï à revoir la nature de la présence armée étrangère. En Irak, ce sont les exigences de Washington pour le maintien d'une présence militaire qui irrite le premier ministre Nouri al Maliki. Résultat dans les deux conjonctures : même les alliés privilégiés des Etats-Unis dans les deux pays en viennent à s'interroger sur les dividendes de la coopération avec leur "libérateur".

Tout homme politique responsable devrait y voir des avertissements nécessitant une remise en question d'une stratégie. On doute cependant que cela ébranle l'establishment actuel et en partance à la Maison-Blanche. Mais à l'heure où se profile le bilan que tout observateur ne manquera pas de tirer de la diplomatie américaine sous l'ère de George W. Bush, un mot vient prioritairement à l'esprit : le gâchis.

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