Le pouvoir encore un peu plus fragilisé

Le parti de l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif, deuxième pilier de la coalition qui venait juste de pousser le président Pervez Musharraf à la démission au Pakistan, a rejoint lundi l'opposition, fragilisant un peu plus un pays confronté à une montée dramatique de la violence islamiste.

Le pouvoir encore un peu plus fragilisé
©EPA
(D'après AFP)

Le parti de l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif, deuxième pilier de la coalition qui venait juste de pousser le président Pervez Musharraf à la démission au Pakistan, a rejoint lundi l'opposition, fragilisant un peu plus un pays confronté à une montée dramatique de la violence islamiste.

Ce retrait, qui menaçait depuis les débuts du fragile gouvernement issu des élections législatives de février, ne changera pas fondamentalement dans l'immédiat le paysage politique : le Parti du Peuple Pakistanais (PPP) de la défunte Benazir Bhutto, assassinée le 27 décembre 2007, dispose toujours, grâce à l'appoint des autres petites formations de la coalition, d'une majorité à l'Assemblée nationale qui lui permet de gouverner. Mais, sur le long terme, avertissent les politologues et éditorialistes pakistanais, la tâche ne sera pas aisée pour le PPP, à la merci de petits partis aux intérêts très divergents.

Et l'annonce de M. Sharif au cours d'une conférence de presse intervient au pire moment : les talibans pakistanais ont juré d'intensifier la vague d'attentats sans précédent qui a déjà fait près de 1200 morts dans tout le pays en un peu plus d'un an. Car Washington, principal bailleur de fonds, accentue la pression sur le Pakistan, seule puissance militaire nucléaire du monde musulman et allié clé dans la "guerre contre le terrorisme". En effet, les Etats-Unis exigent que le gouvernement issu des législatives de février, qui négociait jusqu'alors un accord de paix avec ses talibans, combatte plus efficacement al Qaeda et les talibans afghans qui ont, selon eux, reconstitué leurs forces dans les zones tribales du nord-ouest, frontalières avec l'Afghanistan.

Rehman Malik, le directeur du département de l'Intérieur au cabinet du Premier ministre, a du reste annoncé que le Tehreek-e-taliban Pakistan (Mouvement des talibans du Pakistan, TTP), dirigé par le chef tribal Baïtullah Mehsud, considéré par Washington comme affilié au réseau al Qaeda, "a été interdit en raison de leur implication dans une série d'attentats suicides". Un décret du département de l'Intérieur ordonne le gel de tous les comptes en banques et des biens des organisations membres du TTP, une fédération de groupes armés et parfois publics, qui ont fait des zones tribales du nord-ouest, frontalières avec l'Afghanistan, leur bastion.

Lors d'une conférence de presse à Islamabad, M. Sharif n'a pas tari de critiques à l'égard d'Asif Ali Zardari, le veuf de M me Bhutto, qui dirige de fait le PPP et sera candidat à la présidentielle, le 6 octobre, au suffrage du Parlement et des assemblées provinciales. " Aucun des engagements qu'il avait pris n'a été tenu. Cela nous contraint à retirer notre soutien à la coalition et à nous asseoir dans l'opposition ", a déclaré l'ex-Premier ministre (1990-1993 et 1996-1999), qui dirige la Ligue Musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N). Pour marquer davantage la fin d'une période ponctuée sans cesse de querelles depuis la formation d'un gouvernement qui n'a jamais réussi à gouverner, M. Sharif a décidé de présenter son propre candidat au suffrage présidentiel contre M. Zardari : l'ancien président de la Cour suprême Saeed uz Zaman Siddiqui.

Sur le même sujet