Ahmed Aboutaleb, maire de Rotterdam

Rotterdam, deuxième ville des Pays-Bas, important port en Europe, se prépare à une petite révolution : elle devrait bientôt avoir un nouveau bourgmestre, qui pour la première fois outre-Moerdijk sera issu de l'immigration.

Ahmed Aboutaleb, maire de Rotterdam
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Gérald de Hemptinne

Correspondant à La Haye

Rotterdam, deuxième ville des Pays-Bas, important port en Europe, se prépare à une petite révolution : elle devrait bientôt avoir un nouveau bourgmestre, qui pour la première fois outre-Moerdijk sera issu de l'immigration.

Ahmed Aboutaleb n'est pas inconnu du grand public : cette étoile montante du parti travailliste PvdA a déjà fait ses preuves en tant qu'échevin à Amsterdam, où le chef du parti travailliste et actuel ministre des Finances Wouter Bos est venu le chercher en février 2007, à l'issue des dernières législatives, pour lui confier le lourd secrétariat d'Etat aux Affaires sociales, au grand dam des Amstellodamois.

Charismatique, cet homme arrivé du Maroc à 14 ans, est présenté comme un modèle d'intégration, et s'exprime sans accent en néerlandais. Il s'est taillé en politique une réputation de sérieux et d'efficacité. L'arrivée du futur bourgmestre a soulevé une vague d'enthousiasme aux Pays-Bas, et en particulier sur les quais de la Meuse, ce qui n'est pas rien pour une ville qui cultive sa méfiance envers tout ce qui vient de "l'autre ville", Amsterdam, et qui se targue d'avoir les pieds bien sur terre.

Bourgmestre "parachuté"

Cela devient encore plus remarquable lorsque l'on sait qu'aux Pays-Bas, les bourgmestres sont parachutés : désignés par le gouvernement et la Reine, certes après avoir été proposés par le conseil communal, mais sans la légitimité que confèrent au mayeur les élections communales. Même si sa désignation prochaine (une " formalité ", selon les autorités communales) en a surpris plus d'un, Ahmed Aboutaleb, 47 ans, avait à la réflexion plus d'un atout dans son jeu : il est issu du parti travailliste, et arrive dans une ville traditionnellement "rouge".

Il a un passeport marocain, auquel il ne peut renoncer en vertu de la loi marocaine, ce qui lui vaut un large soutien au sein de cette moitié de la ville qui est elle-même issue de l'immigration (180 nationalités y ont été recensées).

Mais l'homme est également apprécié de la population autochtone, qui se souvient du sérieux de sa gestion dans la capitale, et de ses appels au calme, souvent entendus, lorsqu'il y a trois ans l'islamiste Mohammed Bouyeri avait abattu et égorgé le cinéaste et pamphlétaire Theo Van Gogh en pleine rue.

Deux passeports

Seules voies discordantes dans le concert de louanges, celles du député PVV d'extrême droite Geert Wilders, qui aurait préféré qu'Ahmed Aboutaleb soit nommé à Rabat, et celle du parti Leefbaar Rotterdam, dans l'opposition, qui reproche au héros du jour " d'être d'Amsterdam, d'être supporter de l'Ajax, mais pire encore d'avoir deux passeports ". On ne peut pas faire l'unanimité.

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