L’armée abandonne Goma

Les militaires congolais fuyaient la ville en enlevant leur uniforme, mercredi. Les habitants se terrent chez eux alors que les militaires fuyards pillent. Les rebelles de Nkunda ont décrété mercredi soir un cessez-le-feu unilatéral. Cinq morts dans les combats de la nuit Edito: Quelle issue au casse-tête congolais? De Gucht plaide l’envoi de soldats belges

L’armée abandonne Goma
©AP
Marie-France Cros

L’armée congolaise a commencé mercredi après-midi à abandonner la ville de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, pour le sud. "On n’entend pas un coup de feu. La ville se vide doucement des militaires, dont beaucoup enlèvent leur uniforme en fuyant", nous disait un habitant de la ville en fin d’après-midi. "Ce matin, des commerces avaient ouvert et il y avait des gens dans les bureaux mais, vers 14 h, le bruit a couru que le CNDP (troupes rebelles de Laurent Nkunda) était dans la ville et les militaires ont commencé à fuir. Tout le monde est rentré s’enfermer chez soi. Ceux qui ont une voiture ne la sortent pas, de peur de se la faire prendre par les militaires en fuite."

Selon cette source, "quand les militaires congolais en fuite sont passés devant la Monuc (Mission de l’Onu au Congo), les Casques bleus leur ont dit : si vous fuyez, on ne va pas se battre pour vous. Et on n’entend plus aucun tir."

Cessez-le-feu unilatéral

Le matin s’était pourtant levé sur une poursuite des combats au nord de Goma, avec intervention des hélicoptères de combat de la Monuc pour retarder la progression des rebelles.

Dans l’après-midi, l’arrivée en ville d’une partie des 30 000à 70 000 civils (dont la majorité sont des déplacés vivant dans des camps) poussés sur les routes par les combats plus au nord, s’est ajoutée à la fuite des militaires, provoquant embouteillages et accidents.

En début d’après-midi, la Garde républicaine (garde présidentielle, non soumise à la hiérarchie militaire normale; chargée de garder les principaux aéroports du pays) a abandonné l’aéroport de Goma. On affirmait alors que la Monuc ne laisserait pas le CNDP prendre ces installations vitales.

Mais alors que la débandade de l’armée congolaise ouvrait une voie royale au CNDP, celui-ci déclarait en soirée un cessez-le-feu unilatéral, sauf s’il était attaqué. Pendant ce temps, les militaires fuyards avaient commencé à mettre au pillage les quartiers populeux tandis que quelques militaires non fuyards tentaient de faire des patrouilles avec la Monuc.

A Rutshuru (70 km au nord de Goma), abandonnée mardi soir par l’armée congolaise et dont les faubourgs sont infiltrés par le CNDP, la Monuc tenait toujours le centre-ville mercredi, avec l’intention d’y "rester pour protéger la population".

A Kiwanja, près de Rutshuru, la population, qui avait fui la ville, tombée mardi aux mains du CNDP, y serait revenue mercredi et tout y serait "calme".

Kinshasa accuse Kigali

A Kinshasa, le vice-Premier ministre chargé de la Reconstruction, Emile Bongeli, a accusé les événements en cours au Nord-Kivu d’être une guerre "par CNDP interposé", une "agression perpétrée directement par le Rwanda avec l’appui de certaines puissances membres de l’ONU" qu’il n’a pas précisées. C’est la seconde fois depuis le début du mois que Kinshasa accuse l’armée rwandaise d’être le véritable auteur des succès militaires des rebelles du CNDP, sans avoir pu en apporter de preuves crédibles jusqu’ici : le Conseil de sécurité n’a fait aucune mention de Kigali dans sa récente condamnation du CNDP.

M.Bongeli a aussi assuré que le chef militaire de la Monuc, le général espagnol Vicente Diaz de Villegas, qui a démissionné il y a quelques jours, moins de trois mois après avoir pris ses fonctions, l’avait fait parce que "ses ordres n’étaient pas respectés" et parce que "la mission onusienne aurait un autre objectif que celui pour lequel elle est venue au Congo".

Le général Diaz a officiellement démissionné pour "raisons personnelles", mais des sources diplomatiques citent plutôt le manque de moyens attribués aux Casques bleus par le Conseil de sécurité. Le 3octobre, le chef civil de la Monuc, le Britannique Alan Doss, avait demandé au Conseil plus de Casques bleus; la question est à l’étude, mais aucun pays ne semble prêt à fournir des troupes.

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