Nkunda veut un "couloir humanitaire" vers le nord

Le général rebelle congolais Laurent Nkunda a annoncé jeudi avoir arrêté l'avancée de ses troupes mercredi soir aux portes de Goma en raison de la situation humanitaire dans la ville, chef-lieu de la province du Nord-Kivu (est de la République démocratique du Congo).

Nkunda veut un "couloir humanitaire" vers le nord
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Belga

Le général rebelle congolais Laurent Nkunda a annoncé jeudi avoir arrêté l'avancée de ses troupes mercredi soir aux portes de Goma en raison de la situation humanitaire dans la ville, chef-lieu de la province du Nord-Kivu (est de la République démocratique du Congo). Il s'est également opposé, dans une interview recueillie par la RTBF-radio, au déploiement d'une force européenne dans la région si sa mission contribue à maintenir les rebelles hutus rwandais réfugiés depuis près de quinze ans dans l'est de la RDC.

"Je viens d'ouvrir un couloir humanitaire d'urgence ce matin et de demander à la MONUC (la Mission des Nations Unies en RDC) d'aider à ce que nous puissions rétablir tout le monde dans sa localité d'origine", a-t-il dit, dans une allusion aux dizaines de milliers de personnes qui ont fui leur foyer. "Je suis en train d'attendre que la MONUC réagisse", a-t-il ajouté, assurant que ses troupes "avaient essayé de reculer" à dix kilomètres de Goma pour permettre aux Casques bleus de la MONUC de mener leurs patrouilles. Laurent Nkunda, un général tutsi déchu à la tête d'un mouvement politico-militaire, le Congrès national pour la Défense du Peuple (CNDP), a proclamé mercredi soir un cessez-le-feu unilatéral qui semblait respecté jeudi. Il a confirmé ses propos à la RTBF dans une lettre adressée au chef de la MONUC et représentant spécial de l'ONU en RDC, le diplomate britannique Alan Doss.

"Si la MONUC répond très vite, on aura fini aujourd'hui ou demain de rétablir tout le monde dans sa localité d'origine", a-t-il dit. Laurent Nkunda a suggéré que ce couloir humanitaire relie Goma à Rutshuru (60 km au nord-est) et Goma à Masisi (60 km au nord-ouest) afin de permettre aux populations qui ont fui les affrontements de rentrer chez elles. Il a expliqué qu'il souhaitait, par son action "seulement amener le gouvernement à la table de négociations", pour "réclamer la sécurité pour la République" et le désarmement des rebelles hutus des Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR, rassemblant d'anciens responsables du génocide de 1994 dans leur pays et réfugiés depuis dans l'est du Congo). "Imaginez que les forces gouvernementales aient des supplétifs des forces dites terroristes ou négatives, ce n'est pas normal. Ils contrôlent des territoires, ce n'est pas normal", a fait valoir le chef rebelle tutsi.

Laurent Nkunda a souligné si les négociations avec le gouvernement de Kinshasa échouaient, ce serait que ce gouvernement n'a pas la volonté de résoudre les problèmes sécuritaires de son peuple et qu'il perdrait dès lors sa légitimité. Il a en revanche assuré que si les négociations aboutissent, ses troupes intégreront l'armée régulière congolaise.

Le général rebelle a affirmé ne pas avoir besoin d'une force européenne dans l'est du Congo, se disant hostile à une solution militaire. "S'ils viennent pour appuyer la paix, ils sont les bienvenus. Mais s'ils viennent pour pérénniser la présence des FDLR, alors là, nous devenons intraitables", a-t-il prévenu. Plus tôt dans la journée, Laurent Nkunda avait assuré que la MONUC ne "pourra pas l'empêcher" de prendre Goma, dans un entretien par téléphone avec l'AFP à Kampala.

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