Quelles sont les forces en présence ?

Qui est qui parmi les forces armées qui combattent au Kivu ? Brève présentation.Les troupes régulières croisent les irrégulières et les troupes hybrides.

Marie-France Cros

Le CNDP : la formation politico-militaire de Laurent Nkunda. Formée essentiellement de Tutsis congolais, voire rwandais, elle compte également des Hutus du Nord-Kivu, qui se battent sur base régionale. Le CNDP a compté, à certaines époques, avec l’appui de l’armée rwandaise. Kinshasa affirme, ces dernières semaines, que c’est à nouveau le cas, mais le Conseil de sécurité n’a apparemment pas trouvé les "preuves" congolaises convaincantes, parce qu’il n’a fait aucune mention de Kigali dans sa résolution de la mi-octobre. Les enquêteurs de la Monuc (Mission de l’Onu au Congo) poursuivent cependant leurs recherches à ce sujet. Certains habitants non-tutsis du Kivu appuient le CNDP, parce que ses troupes ne pillent pas les biens des civils, contrairement à l’armée congolaise. En revanche, le CNDP a été pris à recruter de force des enfants de la région.

Les FARDC : Forces armées de la République démocratique du Congo, soit la nouvelle armée congolaise. Certaines de ses brigades ont été soumises à un processus d’intégration (mélange de soldats issus des différents camps ennemis durant la guerre); d’autres sont exclusivement kabilistes. L’armée congolaise souffre d’une mauvaise organisation. Ses soldats sont mal payés et leur maigre solde - malgré des efforts de la communauté internationale pour remédier à ce handicap - est encore souvent amputée de prélèvements par différents gradés avant de leur parvenir. Le président de la commission interministérielle de contrôle de l’armée, François Malutshi, est arrêté depuis plusieurs jours à Kinshasa, apparemment pour la liste des "militaires fantômes" qu’il a établie afin d’empêcher la gabegie. L’armée souffre aussi de problèmes de ravitaillement et se nourrit donc généralement sur la population. Les femme(s) et enfants des militaires vivent avec eux, en zone de combat, ce qui les handicape, puisqu’ils commencent souvent par fuir le combat pour aller mettre les leurs à l’abri, permettant au CNDP d’avancer. La réforme de l’armée est pratiquement un échec jusqu’ici, notamment parce qu’il n’y a pas d’accord sur un projet viable et efficace (lire LLB du 29/09).

Les FDLR : Forces démocratiques de libération du Rwanda, formées à partir de troupes ayant participé au génocide de 1994 au Rwanda, étoffées par de jeunes générations de Hutus rwandais en exil au Congo depuis la défaite du gouvernement génocidaire. Leurs écrits fondateurs reprennent largement les thèses des génocidaires. Aujourd’hui, les FDLR commettent beaucoup plus d’exactions - stigmatisées pour leur horreur particulière, qui ressort même dans le violent paysage kivutien - contre des Congolais(es) que contre des Rwandais. Elles se sont taillé de petits royaumes au Kivu (elles contrôleraient environ un quart du Sud-Kivu) avec des communes rebaptisées du nom de communes rwandaises, levée de taxes et organisation à la rwandaise. Au Nord-Kivu, les FDLR sont particulièrement présentes dans les zones à forte population hutue (comme Rutshuru, où ont lieu les combats de ces derniers jours) et dans les régions des mines, où elles obligent des creuseurs à travailler pour elles. Bons militaires, les FDLR ont été les alliés de l’armée congolaise durant la guerre et après; officiellement, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Dans la pratique, cependant, les sources militaires sur le terrain sont témoins de la persistance des collusions, notamment parce que FDLR et officiers congolais ont développé des intérêts d’affaires dans l’exploitation minière. Le CNDP affirme que les troupes face à lui sont les FDLR et FARDC qui combattent ensemble.

Les Maï Maï : paysans-combattants congolais anti-tutsis; n’ont pratiquement plus d’existence réelle sur le terrain à part le PARECO qui est de plus en plus fusionné avec les FDLR.

La Monuc : Mission de l’Onu au Congo. Officiellement forte de 17 000 hommes, elle ne dispose que de 6 000 combattants, le reste étant des personnels d’appoint. Elle est critiquée par la population pour le peu de protection qu’elle leur offre, par le CNDP pour son appui militaire aux FARDC, par ces dernières qui l’estiment trop faible.

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