La ville de Gaza encerclée

Au lendemain du lancement de l'offensive terrestre israélienne sur la Bande de Gaza, après huit jours de frappes aériennes sur des objectifs du Hamas, l'étroit territoire côtier palestinien était coupé en deux par les troupes de Tsahal qui encerclaient la ville de Gaza et progressaient rapidement, appuyées par des chars, des pièces d'artillerie et l'aviation. Plus de cinq cents Palestiniens tués à Gaza De Gucht craint une "crise humanitaire sans précédent" 1.200 manifestants devant la Bourse de Bruxelles Les habitants de Gaza se terrent ou quittent les zones les plus exposées Olmert : "Israël ne se bat pas contre le peuple palestinien" Hamas : "Ce qui se passe à l'ONU est une farce" Le Conseil de sécurité se sépare sans accord Gaza, cauchemar d'Israël depuis plus d'un demi-siècle

AP
La ville de Gaza encerclée
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Cette deuxième phase dans l'offensive menée par Israël depuis le 27 décembre a fait plusieurs dizaines de victimes du côté palestinien. A Gaza, des responsables palestiniens avançaient dimanche soir le chiffre de 31 civils tués. L'armée israélienne a pour sa part annoncé la mort d'un de ses hommes, tué tôt dimanche par un tir de mortier, ajoutant que des dizaines de militants radicaux avaient été éliminés -un total ramené à quatre par le Mouvement de la résistance islamique.

Les services de santé de Gaza ont fait état de la mort d'une fillette de 12 ans, de cinq membres d'une même famille et de huit autres civils tués dans l'explosion d'un obus de char à Beit Lahiya, dans le nord de la Bande de Gaza. Ces nouveaux décès portaient à plus de 512 morts le bilan de l'intervention israélienne. Selon l'ONU et des responsables palestiniens, une centaine de civils figurent parmi les tués. Quatre personnes ont été tuées par les tirs de roquettes en Israël.

Malgré les condamnations émanant de la communauté internationale, et notamment des pays arabes, Egypte et Jordanie en tête, le Premier ministre israélien Ehoud Olmert a justifié cette offensive de grande ampleur en la qualifiant d'ôôinévitable«. En ouverture du conseil des ministres, il a fait valoir que son gouvernement ne pouvait permettre que le sud d'Israël continue d'être la cible de tirs de roquettes. A Ramallah, en Cisjordanie, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a qualifié cette offensive d'ôôagression brutale» et renouvelé son appel à des discussions de réconciliation avec le Hamas.

Si les manifestations se multiplient dans le monde musulman, cette intervention militaire paraît jusqu'à présent très bien perçue par l'opinion israélienne. Toutefois, si l'action terrestre devait se traduire par de lourdes pertes, les avis pourraient rapidement changer. L'incursion dans la nuit de samedi à dimanche de milliers de soldats regroupés en trois brigades a déclenché de violents affrontements. Un porte-parole du Hamas a aussitôt averti que Gaza deviendrait un «cimetière» pour les forces d'Israël. Le mouvement islamiste a également menacé de commettre de nouveaux attentats en Israël et d'enlever des hommes de Tsahal.

L'opération «ne sera pas facile» et prendra du temps, avait prédit samedi le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak, deux heures après l'entrée de Tsahal dans la Bande de Gaza. La télévision a montré des soldats portant lunettes de vision nocturne et tenues camouflage, le visage peint, avançant en file. Pour protéger les troupes au sol, des raids aériens étaient menés sur Gaza.

L'offensive se concentrait sur le nord de la Bande de Gaza, d'où sont tirées la plupart des roquettes sur Israël, sans pour autant négliger le sud de l'enclave. Tsahal s'est ainsi employée à couper la ville de Gaza du reste du territoire. Des forces blindées positionnées au sud de la cité ont également progressé jusqu'à l'ancienne colonie de Netzarim, qu'Israël avait quittée comme d'autres implantations lors de son retrait en 2005.

L'aviation israélienne a frappé une quarantaine de cibles au cours de la nuit, dont des tunnels, des entrepôts d'armes et des zones utilisées pour le tir d'obus de mortier, selon l'armée. L'artillerie a appuyé les forces terrestres, pilonnant le QG des renseignements du Hamas à Gaza ainsi que des positions des forces maritimes du mouvement.

Les troupes israéliennes ne sont cependant pas entrées dimanche matin dans les grandes localités de la Bande de Gaza, concentrant leur action dans les zones rurales. «Nous avons beaucoup, beaucoup de cibles», expliquait le commandant Avital Leibovich, porte-parole de Tsahal. «D'après mes estimations, ce sera une longue opération.» Israël a lancé son offensive huit jours après que le Hamas eut décrété la fin d'une trêve de six mois le 19 décembre et multiplié les tirs de roquettes. Ehoud Olmert a assuré que renverser le Hamas et réoccuper la Bande de Gaza n'étaient pas ses objectifs.

La seconde phase de l'opération a commencé à la veille de l'arrivée d'une délégation ministérielle européenne au Caire. La troïka réunissant les ministres tchèque, français et suédois des Affaires étrangères devait précéder d'une journée le président français Nicolas Sarkozy attendu dans la région lundi et mardi. Il doit rencontrer le président égyptien Hosni Moubarak à Charm el-Cheikh, puis Mahmoud Abbas à Ramallah avant de dîner avec Ehoud Olmert à Jérusalem.