Pas d'occupation de Gaza

L'offensive israélienne à Gaza ne sera ni courte ni facile, a prévenu Ehoud Barak. Israël assure pourtant ne vouloir ni réoccuper Gaza ni détruire le Hamas mais détruire son potentiel armé. Les réservistes israéliens sont mobilisés. Le calcul d'Ehoud Barak Edito: Gaza, la diplomatie attendra

RENÉE-ANNE GUTTER CORRESPONDANTE À JÉRUSALEM
Pas d'occupation de Gaza
©EPA

Ce ne sera ni court ni facile, mais nous sommes déterminés", a déclaré le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, samedi soir. Une heure plus tôt, les troupes israéliennes s'étaient mises en marche : Tsahal lançait son offensive terrestre à Gaza.

"Nous avons dûment pesé toutes les options", a dit M. Barak, "nous ne sommes pas avides de guerre mais bien résolus à donner à nos citoyens ce à quoi chaque citoyen du monde a droit : paix, tranquillité, absence de menaces".

Selon le gouvernement et l'armée, la phase terrestre est la poursuite "inévitable" de la phase aérienne. Elle vise à "durcir le coup asséné à l'infrastructure terroriste" afin de "renforcer la dissuasion" israélienne et "changer la réalité sécuritaire" dans le sud d'Israël. Tsahal aurait notamment fait valoir que la "banque de cibles" de l'aviation commençait à s'épuiser et qu'il fallait lancer une offensive au sol le plus rapidement possible pour achever la tâche.

Pas question de réoccuper

Pas question toutefois de réoccuper Gaza en permanence. Et le premier ministre Olmert insiste : il ne s'agit pas de renverser le régime Hamas non plus. Mais il est clair, aux yeux des observateurs, ici, que l'armée israélienne tient à maintenir les islamistes dans la crainte de perdre leur pouvoir à Gaza.

Concrètement, Tsahal se donne pour but de prendre le contrôle de toutes les aires de tir de roquettes sur Israël et parachever la destruction du potentiel terroriste. Et par la même occasion, faire des prisonniers pour obtenir des informations et peut-être comme future monnaie d'échange.

Dès dimanche, les troupes israéliennes étaient déployées du nord jusqu'au sud de la Bande de Gaza et l'avaient divisée en trois, isolant Gaza-ville en son centre. Cela, pour sectionner la chaîne de commandement des milices armées et entraver leur profondeur tactique. Les opérations sont combinées : l'armée de l'air continue à cibler activistes, bases et arsenaux; les forces navales pilonnent le littoral; l'armée de terre - infanterie, artillerie, blindés, ingénierie - "nettoie" et "tient" le territoire.

Réservistes mobilisés

Des dizaines de milliers de réservistes ont été mobilisés et ont commencé dimanche à s'entraîner pour leur éventuelle entrée en action. A la différence de la guerre contre le Hezbollah au Liban en 2006, Tsahal estime cette fois être préparé, renseigné, motivé. Deux craintes, toutefois : l'explosion de tunnels, routes ou bâtisses minées durant le mouvement des troupes, et l'enlèvement de soldats tel le caporal Chalit qui est otage à Gaza depuis deux ans et demi. Le leader du Hamas en exil, Khaled Machal, a menacé en effet de "créer des Chalit 2, Chalit 3, Chalit 4".

Tsahal tient aussi un œil sur l'est et le nord d'Israël. M. Olmert a mis les Palestiniens de Cisjordanie et le Hezbollah libanais en garde : qu'ils ne s'avisent pas d'ouvrir un front de guerre supplémentaire avec Israël.

A l'intérieur de Gaza, selon des sources palestiniennes, c'est le chaos et la panique. Les habitants sont pris au piège, enfermés non seulement par l'étau israélien, mais aussi par l'Egypte qui a hermétiquement bouclé sa frontière avec Gaza. Elle y aurait même interdit l'entrée de convois humanitaires. Israël continue à laisser entrer des convois d'aide par ses propres passages.

Dès samedi, de violents combats ont opposé des soldats israéliens à la guérilla locale, qui est surtout équipée de mortiers. Selon un premier bilan, au moins cinquante combattants palestiniens étaient morts. Les Gazaouis parlaient aussi d'une trentaine de civils tués. Côté israélien : un soldat mort, plus de trente blessés. Une cinquantaine de roquettes palestiniennes se sont encore abattues sur le sud d'Israël, dimanche, faisant des dégâts matériels importants, mais pas de victimes.

© La Libre Belgique 2009