Des jeunes de Jabaliya à ceux de Viroinval : "On a besoin de vous"

Depuis 2005, des contacts sont noués avec cette localité de Gaza. Les derniers messages sont alarmants.

Benjamin Moriamé

Ce samedi-là, j’étais en train de passer un examen à l’université, quand tout à coup les bombardements ont commencé. Nous étions effrayés. Je n’entendais plus rien, mis à part des cris. Certains tombaient dans les pommes. [ ] Maintenant qu’ils ont détruit mon université, je ne sais pas ce que je vais devenir, si je reste en vie." Ce message de Lina Shamia, jeune femme du camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, c’était malgré tout une demi-bonne nouvelle pour la Plate-forme jeunesse de Viroinval, qui attendait un signe de vie de la part de ses amis Gazaouis, sous le feu des raids israéliens depuis deux semaines.

Des problèmes de connexion

Une vingtaine de jeunes étaient venus de Gaza, en 2005, pour visiter Viroinval et Namur. Dans le cadre de cet échange, deux cyberespaces avaient été installés à Viroinval et à Gaza pour créer et maintenir le contact.

"A-t-on pu les joindre ? Ont-ils répondu ? Leur avez-vous témoigné notre soutien ?", s’inquiétait Isabelle, une jeune fille de Viroinval qui avait participé à l’échange, en débarquant au cyberespace il y a deux jours. Depuis de nombreux mois maintenant, le cyberespace de Jabaliya n’est plus opérationnel, en raison du blocus d’Israël et des coupures d’électricité. "Actuellement, nous n’avons plus l’électricité que 3 heures par jour", a expliqué Lina aux Belges. Comme plusieurs jeunes Viroinvalais réclamaient des nouvelles, le bourgmestre Bruno Buchet (PS) a rétabli le contact par téléphone mercredi, avant de retrouver plusieurs partenaires sur Internet. Un rendez-vous était fixé jeudi. Mais les aléas de la guerre ont empêché les Gazaouis de l’honorer. "Ne nous oubliez pas !, a néanmoins écrit Wassim Abu Qamar. Nous vivons dans le noir, la faim, la soif. La mort est partout. Nous n’avons plus de médicaments On a besoin de vous !"

"Comme des animaux"

"J’ai expliqué au nom de Viroinval que nous sommes plus que jamais solidaires de la cause du peuple palestinien, affirme le bourgmestre. Je leur ai demandé de donner un petit signe de vie pour nous rassurer un peu." Les réponses prennent la forme de SOS. "C’est de pire en pire. Les bombardements ont lieu juste à côté de ma maison, commente Abdallah Ziara. Pour mes amis, c’est la même chose, voire pire. Franchement, ça fait mal au cœur de voir qu’un peuple se fait éliminer pendant que tout le monde tourne le dos. Comme si nous étions des animaux." Lina livrait un message similaire : "Parfois je me demande : ne sommes-nous pas humains ? Ne sommes-nous pas des gens comme vous ? Ne méritons-nous pas de vivre en sécurité ?"

"A Viroinval, cela touche beaucoup de gens et nous continuerons à militer", assure Didier Laurent, directeur de la Plate-forme jeunesse. "D ès que j’ai l’accord du collège, un drapeau palestinien flottera devant la maison communale", annonce le maïeur, qui contacte tous ses partenaires politiques pour leur faire voter une motion de méfiance à l’encontre de Dexia, accusée de financer la colonisation israélienne.

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