Résolution sans effet

Pour une fois, Israël et le Hamas sont d’accord : aucun d’eux n’a accepté de se plier à la résolution 1860. Sans attendre la réponse officielle d’Israël, le Hamas a annoncé vendredi matin qu’il rejetait la résolution onusienne de la façon la plus catégorique. Il n’a pas été consulté et n’en est donc pas partie prenante, soulignent ses porte-parole tant en exil qu’à Gaza.

Renée-Anne Gutter

Correspondante à Jérusalem

Pour une fois, Israël et le Hamas sont d’accord : aucun d’eux n’a accepté de se plier à la résolution 1860. Sans attendre la réponse officielle d’Israël, le Hamas a annoncé vendredi matin qu’il rejetait la résolution onusienne de la façon la plus catégorique. Il n’a pas été consulté et n’en est donc pas partie prenante, soulignent ses porte-parole tant en exil qu’à Gaza.

D’autant plus que la résolution ne comporte aucune garantie quant à la levée du blocus israélien qui étrangle Gaza depuis un an et demi. Cette levée du blocus est aujourd’hui la raison d’être du gouvernement Hamas, le seul acquis qui puisse encore légitimer son pouvoir vis-à-vis des Gazaouis.

Le Hamas ne désespère cependant pas d’atteindre ses objectifs via la médiation égyptienne. Entre-temps, ses cadres à Gaza ont ordonné aux milices armées de "poursuivre la résistance par tous les moyens". "Surtout ne pas hisser le drapeau blanc."

Phase 3 de la guerre ?

Le "non" israélien est catégorique, lui aussi. "L’Etat d’Israël n’a jamais accepté qu’un organisme extérieur détermine son droit à défendre ses citoyens", dit le communiqué que le Premier ministre Ehoud Olmert a publié vendredi midi, au terme de consultations avec ses ministres Barak (Défense) et Livni (Affaires étrangères); "Tsahal poursuivra ses opérations pour défendre les citoyens israéliens et exécutera les missions qui lui ont été assignées". Décision entérinée peu après par le mini-cabinet de sécurité, pour qui l’objectif demeure "le changement de la réalité sécuritaire dans le sud d’Israël". Aucune précision, toutefois, quant à la suite des opérations militaires. Se maintiendront-elles au niveau actuel, pour permettre la poursuite de tractations diplomatiques - notamment avec l’Egypte - en vue d’un arrangement plus satisfaisant ? Ou passeront-elles à la phase suivante, l’invasion totale de Gaza ? L’armée en tout cas demande à bouger, que ce soit en avant ou en arrière. La "stagnation" des troupes sur les positions actuelles les expose aux attaques du Hamas et est donc trop dangereuse. Des milliers de réservistes étaient sur pied de guerre, vendredi, autour de toute la bande.

Israël ne cache pas son mécontentement à l’égard de la résolution. La communauté internationale avait "compris" pourquoi Israël était parti en guerre contre le Hamas, mais "ne comprend pas" aujourd’hui ce dont Israël a ultimement besoin pour pacifier sa frontière Sud. A savoir, la garantie, avant toute cessation des hostilités, que le Hamas ne pourra plus se réarmer. Mais le trio Olmert-Barak-Livni s’inquiète surtout de l’abstention américaine. Un camouflet retentissant, à leurs yeux. Ils ont du mal à se l’expliquer et craignent qu’il ne présage la rupture par l’administration Obama d’une longue tradition d’appui américain quasi inconditionnel.

Le rejet de la résolution 1860 s’est rapidement traduit sur le terrain. Les hostilités se sont poursuivies vendredi avec plus d’intensité que jamais - roquettes palestiniennes sur le sud d’Israël, pilonnage aérien et maritime ainsi que "nettoyage" au sol de Tsahal à Gaza.

Même l’humanitaire a continué à écoper (lire ci-dessous). Jeudi, c’était Tsahal qui avait tiré sur des transports de l’Unrwa et du CICR. Vendredi, c’est le Hamas qui a tiré sur un convoi humanitaire au point de passage israélien. Et fini la "pause" quotidienne : les tirs ont continué de toute part entre 13 heures et 16 heures, compliquant la circulation des Gazaouis.

Sur le même sujet