L’amertume de Boutros Boutros-Ghali

Pour l’ancien secrétaire général de l’Onu, Israël force les musulmans à se radicaliser.Comment, dans ces conditions, poursuivre des négociations de paix ?

Jacques Goditiabois

Correspondant au Caire

C’est peu dire que l’ancien secrétaire général de l’Onu Boutros Boutros-Ghali est pessimiste au sujet de Gaza. Il est véritablement catastrophé. Et comme il le souligne, "ce n’est pas dans mon caractère" mais, dit-il, on ne doit pas se cacher la vérité : "Israël a servi sur un plateau d’argent l’opportunité aux fondamentalistes de se radicaliser encore plus et de radicaliser, non seulement dans les pays arabes ou musulmans mais également en Israël et en Occident, nombre de musulmans". Il insiste : "Ce qui se déroule à Gaza ces derniers jours est une réelle catastrophe est pas seulement pour le peuple palestinien mais également pour le futur. Cela va affaiblir les partis modérés et renforcé les extrémistes".

Il s’interroge : comment, dans ces conditions, poursuivre des négociations de paix ? Pour Boutros Boutros-Ghali, Israël fait un mauvais calcul car la démographie joue en sa défaveur et, à plus ou moins long terme, les Palestiniens seront majoritaires dans l’Etat d’Israël, soulignant que les Palestiniens font deux fois plus d’enfants que les Israéliens. Certes, ajoute-t-il, la désunion qui existe entre Gaza et la Cisjordanie, entre Hamas et Autorité palestinienne est un facteur supplémentaire de difficulté et pose évidemment un problème pour le futur du processus de paix.

Il ne croit par ailleurs pas que la venue du nouveau président américain Barak Obama va changer grand-chose. "Il a des problèmes socio-économiques plus urgents", dit-il. C’est bien pourquoi il ne cache pas son pessimisme, redoutant le pire, alors que déjà, depuis le 11 septembre 2001, "on considère n’importe quel musulman en Occident comme un terroriste".

Ce pessimisme reflète l’état d’esprit général qui règne en Egypte ou l’on s’efforce, par des tentatives de négociations triangulaires entre Hamas, Autorité Palestinienne et Israël, de trouver un ou des points d’accords qui seraient susceptibles d’arrêter la dramatique situation à Gaza. Le Caire est hostile à un déploiement de forces étrangères du côté égyptien. Pour Boutros Boutros-Ghali, il serait plus avisé de déployer une force de sécurité internationale dans le territoire de Gaza mais il doute de l’acceptation d’Israël à une telle initiative.

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