Faut-il tuer les trafiquants de drogue ?

Le commandant suprême de l’Otan, le général américain John Craddock, a provoqué un vif débat au sein de la hiérarchie militaire alliée en autorisant à éliminer les trafiquants d’opium en Afghanistan, selon une lettre publiée jeudi par le "SpiegelOnline".

Faut-il tuer les trafiquants de drogue ?
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Le commandant suprême de l’Otan, le général américain John Craddock, a provoqué un vif débat au sein de la hiérarchie militaire alliée en autorisant à éliminer les trafiquants d’opium en Afghanistan, selon une lettre publiée jeudi par le "SpiegelOnline". Dans cette missive, le général Craddock ordonne à l’Isaf, la force placée sous commandement Otan, de faire désormais la chasse "à tous les trafiquants de drogue et à leurs installations" et l’autorise à recourir contre eux aux moyens les plus extrêmes, c’est-à-dire jusqu’à les tuer, selon le site Internet du magazine hebdomadaire "Der Spiegel".

Il "n’est plus nécessaire [ ] de prouver que chaque trafiquant ou installation de drogue en Afghanistan remplit les critères d’un objectif militaire", autrement dit qu’ils ont des liens avec les talibans insurgés contre le gouvernement de Kaboul, écrit le général Craddock.

Désaccord des généraux

La lettre est adressée aux deux généraux chargés de diriger l’Isaf, l’Allemand Egon Ramms, basé au QG régional de l’Otan à Brunssum, aux Pays-Bas, et l’Américain David McKiernan, qui commande en Afghanistan, selon "SpiegelOnline". Ces deux généraux refusent de suivre la consigne, qu’ils estiment contraire au droit international et au règlement de l’Isaf, force agissant sur mandat de l’Onu, selon le magazine.

Le général Craddock justifie sa position en rappelant que les pays de l’Otan se sont mis d’accord en octobre pour s’attaquer en Afghanistan au trafic d’héroïne qui finance les talibans. L’Otan a "reconnu un rapport clair entre le trafic de drogue et l’insurrection", souligne-t-il.

Interrogé sur ce point, le porte-parole de l’Otan, James Appathurai, a souligné que le quartier général des puissances alliées en Europe (Shape, basé à Mons) "n’a pas donné d’ordre mais a diffusé une "orientation" qui a été accueillie par des commentaires de responsables militaires". Selon lui, "il est parfaitement normal qu’il y ait une discussion au sein de la chaîne de commandement militaire sur la mise en œuvre" de la décision de donner à l’Isaf la permission d’agir contre les installations et trafiquants de drogue qui soutiennent les talibans.

"Personne n’a demandé ou ordonné de faire quelque chose d’illégal", a également réagi le porte-parole du général Craddock, le colonel Derek Crotts, précisant qu’à ce stade, le plan et les règles d’engagement de l’Isaf contre la drogue en Afghanistan "étaient toujours à l’étude".

Enquête sur la fuite

Illustration du malaise provoqué par ces "recommandations", le secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer, a ordonné jeudi une enquête sur la fuite "inacceptable" de documents internes à l’Alliance, dont a bénéficié "Der Spiegel". "Le secrétaire général a demandé l’ouverture immédiate d’une enquête qui devra être conduite avec diligence", a indiqué le porte-parole James Appathurai.

Le bureau du général McKiernan à Kaboul, cité par SpiegelOnline, estime que le général Craddock essaie de créer une "nouvelle catégorie de forces militaires ennemies" et mine l’engagement de l’Isaf à "éviter au maximum les pertes de vies civiles". Pour répondre aux préoccupations sur ce point de pays comme l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, les pays de l’Otan avaient convenu en octobre que l’Isaf n’interviendrait contre les trafiquants qu’avec des troupes "qui y auront été dûment autorisées par leurs gouvernements respectifs".

L’Afghanistan est à l’origine de 90 pc de la production mondiale d’opium, servant à la fabrication de l’héroïne écoulée en Europe et en Asie centrale. Selon des experts, les talibans tirent quelque 365 millions d’euros du trafic d’héroïne. (AFP)