Objectif rempli. Pas plus

Objectifs remplis, rien de plus. Soleil radieux, lumière idéale, la photo des 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Otan sur la passerelle des Deux Rives enjambant le Rhin entre Kehl et Strasbourg aurait dû être parfaite. Barack Obama en visite en Turquie Le Port du Rhin a-t-il été sacrifié ? Les images des manifestations anti-OTAN

Objectif rempli. Pas plus
©AP
Véronoque Leblanc

Correspondant à Strasbourg

Objectifs remplis, rien de plus. Soleil radieux, lumière idéale, la photo des 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Otan sur la passerelle des Deux Rives enjambant le Rhin entre Kehl et Strasbourg aurait dû être parfaite. C’était sans compter sur l’imprévisible président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, pendu à son téléphone portable côté allemand durant une demi-heure. Il Cavaliere s’est même bouché l’oreille quand la musique a démarré, afin de mieux entendre un mystérieux correspondant qui se révélera être son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, à qui il tentait de faire lâcher du lest sur l’élection d’Anders Fogh Rasmussen comme prochain secrétaire général, en remplacement du néerlandais Jaap de Hoop Scheffer.

Mal vu par Ankara, qui lui reprochait son soutien à la liberté d’expression après la publication des caricatures de Mahomet en 2005 au Danemark, Rasmussen était le candidat d’Obama. Celui-ci l’a finalement imposé en se portant garant du nouveau secrétaire général. C’est du moins ce qu’affirme le président turc Abdullah Gül, sans toutefois dire si le coup de fil berlusconien a pesé dans la balance.

5 000 soldats en Afghanistan

Pour le reste, le Sommet 2009 a fait émerger une Otan un peu plus européenne mais marquée par l’incontestable leadership américain. Les objectifs de départ sont remplis.

Pour se donner le moyen de leurs ambitions en Afghanistan - où "se joue une partie de la liberté du monde", selon les mots de Nicolas Sarkozy -5 000 hommes supplémentaires étofferont les contingents européens déjà présents sur place. Trois mille d’entre eux assureront la sécurité de l’élection présidentielle d’août. Quelque 70 000 militaires étrangers sont déjà présents sur place mais ce nouvel appoint ne suffira pas, a déjà déclaré le président Obama.

Les dirigeants de l’Otan ont également souligné l’importance qu’ils accordent à une coopération avec la Russie, malgré la multiplication de leurs désaccords avec Moscou depuis un an. Les 28 chefs d’Etat et de gouvernement soulignent que l’Otan et la Russie ont des intérêts communs en matière de sécurité, "de la stabilisation de l’Afghanistan" à "la lutte contre le terrorisme, la drogue et la piraterie", en passant par "le désarmement et la non-prolifération". Le Conseil Otan-Russie, suspendu pendant six mois après la guerre russo-géorgienne d’août dernier, reprendra ses réunions comme prévu dans les semaines à venir.

Par ailleurs, dans leur communiqué final, les alliés ont "salué chaleureusement" le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’Otan. "La France reprend toute sa place dans l’Alliance", a lancé Nicolas Sarkozy : "Nous sommes de la famille, nous sommes dans la famille, nous sommes des alliés, nous sommes des amis, nous voulons être des alliés et des amis debout." Pour le président de la République française, il semblerait bien que l’Europe ce soit d’abord et avant tout le couple France-Allemagne renforcé par le G20 de Londres et le sommet de l’Otan à Strasbourg, Kehl et Baden-Baden. "Ces réunions marquent une nouvelle étape dans les relations franco-allemandes, a-t-il dit, elles ont prouvé que lorsque les Français et les Allemands décident ensemble, tout avance."

La chancelière Angela Merkel a remercié Nicolas Sarkozy sans toutefois verser dans une autosatisfaction proclamée, qui oublie d’ailleurs un peu qu’à Londres comme à Strasbourg il y avait Barack Obama. "Je me félicite que nos alliés de l’Otan aient apporté leur soutien fort et unanime à notre nouvelle stratégie en Afghanistan", a déclaré celui-ci, contredisant la thèse d’un recentrage stratégique européen développée quelques minutes auparavant.


Un Rasmussen chasse l'autre Le nouveau Premier ministre danois, Lars Loekke Rasmussen, qui a succédé dimanche sans élections à Anders Fogh Rasmussen, au pouvoir depuis sept ans mais nommé ce week-end secrétaire général de l’Otan, est le plus jeune chef de gouvernement de l’histoire contemporaine du royaume scandinave. Agé de 44 ans, regard chaleureux allié à un physique de bon vivant, il est aux antipodes de son prédécesseur, avec lequel il n’a aucun lien de parenté. "Spontané", aimant "improviser" et "expérimenter", il est, selon les politologues, un excellent communicant, "parlant un langage simple et clair de l’homme de la rue". Il prend les rênes du pouvoir au moment où le Danemark traverse sa plus grave crise économique depuis 1945. Né le 15 mai 1964 à Vejle, dans l’ouest du Danemark, de père chef comptable et de mère au foyer, ce juriste entre au Parlement en 1994. En 1998, il devient vice-président du parti libéral mais abandonnera ses idées ultra-libérales à l’arrivée du centre-droit au pouvoir, en 2001. De 2001 à 2007, il détient le poste de ministre de l’Intérieur et de la Santé avant de prendre les Finances en 2007; il sera alors désigné comme dauphin par Anders Fogh Rasmussen. Partisan de la carotte plutôt que du bâton, selon ses proches, il est devenu un défenseur de l’Etat-providence. Il compte poursuivre la politique de coalition de son prédécesseur. (AFP)

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