Ahmadinejad fait à nouveau scandale

Tout petit dans son costume gris clair étriqué, Mahmoud Ahmadinedjad se dirige vers la tribune. La République islamique d’Iran, seul pays représenté par son président, est la première à parler à la conférence de l’Onu de Durban II contre le racisme. Les Israéliens déçus : "C’est une honte"Edito: Ahmadinejad jusqu’à l’écœurement

Ahmadinejad fait à nouveau scandale
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Marc Semo

Tout petit dans son costume gris clair étriqué, Mahmoud Ahmadinedjad se dirige vers la tribune. La République islamique d’Iran, seul pays représenté par son président, est la première à parler à la conférence de l’Onu de Durban II contre le racisme. Dans la grande salle du Palais des Nations, les applaudissements éclatent. Les pays arabes, des sud-américains comme le Venezuela, nombre de pays africains. Les Européens restent impassibles. Puis les premiers cris fusent; "fasciste !", "raciste !".

Perruque de clown bariolée sur la tête, un jeune homme arrive presque à la tribune et jette son nez rouge vers le Président iranien avant d’être maîtrisé par les gardes de sécurité. D’autres cris partent des balcons au milieu de la presse ou des ONG couverts par les applaudissements de femmes en tchador. "C’est une mascarade, un raciste à une conférence contre le racisme", lance Joelle avant d’être expulsée. Mahmoud Ahmandinedjad reste de marbre.

Puis commence le discours. "Au nom du Dieu clément et miséricordieux" sont, comme à l’accoutumée, ses premiers mots. Puis il évoque les prophètes Adam, Noé, Abraham, Moise, Jésus-Christ et bien sûr Mahomet. Petit à petit, il s’enflamme. Quelques mots sur l’esclavage, "ce terrible crime", puis le discours devient de plus en plus politique. Il pourfend les puissances "qui ont imposé deux guerres mondiales aux hommes" et "règnent sur le Conseil de sécurité où elles imposent leur loi".

La prose devient toujours plus saccadée et exaltée : "Après la Deuxième Guerre mondiale, sous prétexte de la souffrance des juifs et de l’Holocauste, un peuple a été chassé et des migrants venus d’autres lieux du monde ce sont installés en Palestine". L’ambassadeur de France se lève, suivi par les autres représentants présents de l’Union européenne, dont le Belge. Stoïques sous les huées de la salle, ils se dirigent vers la sortie. Le Président iranien reprend son discours. "Pour compenser les conséquences du racisme en Europe, des racistes encore plus durs ont été emmenés en Palestine pour y régner", martèle Mahmoud Ahmadinedjad tonnant contre "l’Etat raciste d’Israël". Il enchérit dénonçant "le sionisme mondial qui personnifie le racisme".

La conférence de Durban II s’est donc ouverte comme le craignaient les pays occidentaux sous le signe des surenchères du Président iranien bien décidé à user à plein cette tribune. Certains d’entre eux en premier lieu les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, Israël, ont choisi le boycott. Une majorité de pays européens comme la Belgique ont préféré y être tout en étant prêts à réagir comme ils l’ont fait au moindre dérapage du Président iranien. "Dès que j’ai entendu ces mots de prétexte et d’exagération de la souffrance juive je suis parti", a expliqué Jean-Baptiste Mattei, l’ambassadeur français.

Ce coup d’éclat en cas de nouveaux propos mettant en cause Israël était la seule chose sur laquelle les Européens présents avaient réussi à se mettre d’accord avant le début de la conférence. Et quatre d’entre eux les Pays-Bas, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, avaient choisi le boycott dénonçant aussi le projet de déclaration finale qui ne respecte pas suffisamment, selon eux, les "lignes rouges" fixées par l’UE concernant la stigmatisation d’Israël et la diffamation des religions. "La question qui se posait était surtout : vaut-il mieux être présent pour défendre les valeurs européennes de tolérance et éviter que les choses ne dérapent, ou pas ?", résume un diplomate européen.

Le Président iranien lui ne s’est guère laissé impressionner par ce coup d’éclat des Européens. "Ceux qui ont quitté la salle ne constituent qu’une petite minorité et une petite minorité peut-elle imposer sa loi au peuple du monde ?", a-t-il martelé peu après dans une conférence de presse ajoutant dans une grande envolée rhétorique : "L’Onu doit être un lieu symbole de la liberté d’expression où chacun peut dire ce qu’il veut librement. A New York, j’ai écouté parler les Américains et les Européens, alors pourquoi une telle crainte d’entendre l’opinion des autres ?".

Aux alentours de la salle, les petits groupes de protestataires continuent de scander : "Honte ! Honte ! Honte !". Lui est rayonnant au milieu de ses gardes du corps. La première journée de Durban II a été la sienne. Et ce clash initial risque bien d’oblitérer le reste des travaux de la conférence.

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