Les Israéliens déçus : "C’est une honte"

Hasard du calendrier hébraïque : c’est justement ces lundi et mardi qu’Israël marque son jour annuel du souvenir de la Shoah. L’insulte n’en est donc que plus grande à ses yeux.

Renée-Anne Gutter

Hasard du calendrier hébraïque : c’est justement ces lundi et mardi qu’Israël marque son jour annuel du souvenir de la Shoah. L’insulte n’en est donc que plus grande à ses yeux. "Je ressens douleur et honte" a déclaré le président de l’Etat, Shimon Pérès, "que précisément en ce jour de commémoration de l’Holocauste s’ouvre à Genève une conférence sur le racisme, accueillant le président Ahmadinejad qui appelle à effacer Israël de la carte et à nier la Shoah. M. Ahmadinejad est-il l’espoir du monde, est-ce là le visage de l’avenir ?". Même reproche du premier ministre Netanyahou, qui a néanmoins félicité les pays ayant décidé de boycotter "ce festival de haine".

Les Affaires étrangères du ministre Avigdor Lieberman ont tenu pour leur part à exprimer leur "déception" de la participation de la France et la Grande-Bretagne à la conférence. "Nous attendions davantage de leur part", a dit un porte-parole du ministère.

La Suisse au pilori

Un peu de baume sur le cœur, toutefois, lorsque les Israéliens ont vu en direct sur leurs petits écrans de nombreux délégués quitter la salle au discours d’ouverture de M. Ahmadinejad.

Mais c’est surtout à la Suisse qu’Israël en veut. Et notamment à son président Hans-Rudolph Metz, qui a personnellement reçu le Président iranien, dimanche. "Il y a des limites à tout, même à la neutralité de la Suisse", a souligné M. Pérès. Israël a donc rappelé son ambassadeur auprès de la Confédération "pour consultations". Parallèlement, la représentante diplomatique de la Suisse a été convoquée "d’urgence" aux Affaires étrangères à Jérusalem et s’est vu signifier "la protestation vigoureuse" d’Israël. Motif, selon le communiqué du ministre Lieberman : "La rencontre du président d’un pays démocratique avec un négateur de l’Holocauste aussi notoire que le président iranien, qui a ouvertement déclaré son intention d’annihiler Israël, va à l’encontre des valeurs représentées par la Suisse - des valeurs censées être déployées à ce Durban II."

Boycott opportun ?

La presse israélienne est toutefois partagée sur la décision du gouvernement Netanyahou de boycotter d’office la conférence. Une décision qui avait déjà été mise en route par le gouvernement sortant de Tzipi Livni. Les uns estiment qu’Israël a bien fait de mépriser, et de ce fait délégitimer, ce forum qui s’annonçait de toute façon hostile. Mais selon d’autres, Israël aurait gagné à y envoyer un représentant éloquent, tel le président Pérès qui sait contre-argumenter. Car l’important est de faire entendre le message d’Israël non pas aux anti-israéliens convaincus, mais aux indécis et aux nouveaux venus, aux jeunes générations qui peuvent encore être gagnées à sa cause.


Les Européens toujours divisésLa sortie en bloc lundi de tous les Etats de l’UE présents à la Conférence de Genève lors du discours du Président iranien n’a pas réussi à faire oublier les divisions entre les 27 pays européens sur l’opportunité même d’assister à cette réunion. Selon plusieurs sources diplomatiques, ce coup d’éclat en cas de nouveaux propos mettant en cause Israël était la seule chose sur laquelle les Européens avaient réussi à se mettre d’accord avant le début de la conférence. Mais cette unité partielle ne parvient pas à masquer une véritable division sur l’opportunité de participer à cette conférence, boycottée par quatre Etats européens, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne et les Pays-Bas. Le fossé s’est même creusé après les déclarations du Président iranien, la République tchèque, qui assure la présidence de l’UE, annonçant son retrait définitif de la réunion. En revanche, la Belgique, tout en condamnant " sans réserve les propos haineux et antisémites" du Président iranien, a décidé de rester. " Les Nations unies ne peuvent être laissées aux mains des extrémistes. C’est la raison pour laquelle la Belgique a décidé de participer activement à la Conférence de Durban et d’y faire entendre sa voix", a indiqué le ministre des Affaires étrangères. La France a, elle aussi, décidé de rester, a fait savoir la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, Rama Yade. (D’après AFP)

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