"Ce gouvernement a plus d’atouts"

A la veille de la conférence de Bruxelles, Louis Michel exhorte à un soutien des dirigeants en place. "Il faut renforcer les forces de police. Au pas de charge." Il juge illusoire de croire que seule l’action militaire réglera le problème de la piraterie. Un pouvoir à portée limitée

"Ce gouvernement a plus d’atouts"
©Johanna de Tessières
Gérald Papy

Entretien

La Commission européenne coorganisera avec les Nations unies, jeudi, une conférence internationale sur la situation en Somalie. Une réunion qui vient à son heure alors que la multiplication des actes de piraterie dans l’océan Indien met en exergue l’urgence de la stabilisation d’un pays en proie à une guerre civile depuis 1991 et la chute du dictateur Siad Barre. Le commissaire européen au Développement, Louis Michel, évoque la problématique somalienne.

Qu'attendez-vous de cette conférence ?

L’objectif est de remobiliser la communauté internationale sur la nécessité d’une stratégie globale avec 1. l’aspect politique, le soutien maximal au dialogue inclusif entre les toutes parties, clans, chefs de guerre, les tribunaux islamiques modérés, etc.; 2. l’accentuation de l’aide humanitaire et l’aide au développement, parce que tant qu’on ne donnera pas une perspective à ces jeunes pêcheurs, ils n’auront pas d’autre alternative que de devenir les victimes consentantes de ces bandits; et 3. la sécurité.

La sécurité du trafic maritime ?

Il faut arrêter de laisser croire, comme certains le font, que l’on pourrait être capable de mettre fin à cette insécurité militairement. Ce n’est pas vrai. La superficie à contrôler représente les deux tiers de l’Europe. Le Pompéi (le bateau belge détourné par des pirates samedi, qui se rapprochait des côtes somaliennes, mardi, NdlR) n’était pas dans les eaux dites dangereuses. Donc, il faut continuer à renforcer les forces de police en Somalie-même et à les former. Au pas de charge. De manière à ce que le gouvernement actuel puisse être beaucoup plus crédible sur le plan de la sécurisation.

Il y a en Somalie une guerre civile depuis 17 ans. C’est la 15e tentative de gouvernements différents. J’ai rencontré le Président, le Premier ministre et la plupart des ministres Ils sont crédibles. La volonté politique y est cette fois-ci. Et il y a un élément important : le Président et le Premier ministre s’entendent. Mais ils n’ont pas les moyens de leurs ambitions et de leur volontarisme.

Mais ce gouvernement est-il capable de gérer l'aide ?

Ecoutez bien : il faut arrêter de se poser ces questions-là. Quand la maison brûle, on ne se pose la question de savoir si c’est de l’eau de la rivière ou de l’eau pure (que l’on utilise pour éteindre l’incendie). Je crois que oui. En tout cas, cela se passe correctement avec la Commission européenne. Nous sommes le premier donateur, de loin. Mais c’est un gros handicap, dans le chef de la communauté internationale, de ne pas avoir la possibilité de faire du support budgétaire dans ce cas-ci. Tout doit passer par des opérateurs internationaux.

Mais ce gouvernement ne contrôle qu'une petite partie du pays ?

Aucun gouvernement ne contrôlera tout le pays. Vous ne serez pas capable de mettre en place, ici et maintenant, un gouvernement qui contrôlera tout le pays. Mais il y a tout de même un signe intéressant : il est à Mogadiscio; ce que quasiment aucun gouvernement n’avait réussi à faire. Et je crois que c’est très important pour la crédibilité de ce gouvernement. On n’a pas le choix. Ce gouvernement a beaucoup plus d’atouts que les autres pour réussir, à condition qu’on les aide.

Vous évoquez un dialogue inclusif. Qui cela implique-t-il ?

Cela implique tous ceux qui sont prêts à s’insérer dans un dialogue qui va conduire à un Etat de droit. Un autre élément : ce gouvernement n’est pas traversé par des courants fondamentalistes. Ils m’ont dit : "Nous considérons la charia comme un "way of life" et nous ne voulons pas faire de notre Etat un Etat théocratique".

En 2006, certains vous avaient reproché vos contacts avec le chef des Tribunaux islamiques, au pouvoir à l'époque. Cheikh Hassan Dahir Aweys, en exil aujourd'hui au Soudan, envisage son retour à Mogadiscio. Estimez-vous qu'il faudra aussi l'inclure dans ce dialogue ?

Je ne travaille pas sur base de liste noire. Je travaille avec tous ceux qui expriment la volonté de se réinsérer dans un dialogue inclusif, prometteur d’un Etat de droit. Celui-là me convient aussi à cette condition-là. Comme on dit, l’occasion fait le larron. Il faut aussi voir qui est fondamentaliste, qui joue du fondamentalisme, qui instrumentalise le fondamentalisme et quels sont les vrais fondamentalistes Ce ne sont pas des anges.

Pour lutter contre la piraterie, pensez-vous que les missions navales sont utiles mais insuffisantes ?

Elles sont évidemment utiles. Et ce sera sans doute nécessaire de renforcer encore cette opération. Mais il ne faut pas laisser croire que ces opérations peuvent mettre un terme à la piraterie et à la stabilité. Cela ne règle pas les causes.

Vous êtes-vous fixé un objectif chiffré pour la conférence de jeudi ?

Non. On peut sécuriser tout le programme de formation et d’entraînement de police encore pendant 6 ou 7 mois. Partant de là, il faut trouver quelques dizaines de millions d’euros.


Tension autour des otages? Les ravisseurs somaliens des deux médecins européens de MSF détenus en Somalie ont menacé mardi de tuer leurs otages si la moindre action armée pour tenter de les libérer était engagée, a-t-on appris auprès de responsables locaux. Selon un travailleur humanitaire local, les deux hommes refuseraient de s’alimenter depuis leur capture. Discrétion et prudence sont pourtant toujours de mise à Bruxelles, y compris pour les otages du bateau Pompéi détourné samedi. La cellule de crise a démenti une information de la VRT annonçant le piratage d’un 2e bateau belge au large des Seychelles.

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