Symbolique et artisanat

La campagne électorale se joue sur le terrain mais se prépare autour de tables. Véronique De Keyser s'appuie sur une poignée de fidèles. Vents eurosceptiques Vers notre dossier spécial

Symbolique et artisanat
©Devoghel
Gilles Milecan

Reportage

Le bulletin de santé est bon. Suffisamment pour commander un verre de vin. "Même un whisky", sourit Véronique De Keyser, qui en reste cependant au blanc du patron. Au premier étage du Vaudrée, à Angleur, son équipe l’attendait. Elle n’a rien de commun avec les attelages des autres locomotives liégeoises. Ils sont une petite dizaine à s’attabler. Dans moins d’un mois, ce sont les élections. La candidate socialiste raconte la réunion de la veille. Lapidaire : "c’était stalinien." Elle leur épargne les détails et insiste sur la nécessité de ne pas se tirer dans les pattes.

Début de semaine, Didier Donfut a démissionné. Ricochet pour la campagne de la députée européenne : un lot d’affiche où elle figure aux côtés du Hennuyer ne sera jamais collé. Elle commente brièvement : "C’est inacceptable, même s’il est sympathique". C’était le premier bug de la semaine. Le second est tombé le matin même. "Véronique n’est pas encore au courant mais le problème est déjà réglé" avait averti son attachée de presse. Nouvelle question d’affiche. Dans "La Meuse", un entrefilet pointe l’absence de mention "éditeur responsable". Des tampons sont commandés. Il n’y a plus qu’à

Ce n’est pas le premier souci d’impression rencontré par l’équipe. En préparant une distribution à Namur, le staff se rend compte que Valérie Deom qui les y accueille ne figure pas dans la liste de candidats sur les cartes à distribuer. "On a simplement copié-collé le fichier reçu de l’IEV" explique-t-on. Trente-deux mille sparadraps correctement estampillés sont apposés.

Ce jeudi-là, il est question d’agenda et d’événement. "Je n’ai pas organisé de bal ou de barbecue pour le démarrage de ma campagne, on a suffisamment parlé de mon "retour" sur la liste, cadre la "2e effective", mais je voudrais marquer le coup pour la fin de la campagne". Il s’agira d’un "parcours citoyen". Le 4 juin, un car mènera la candidate vers cinq lieux symboliques. La stèle des Droits de l’Homme à Polleur, la plaque commémorative de la fusillade de Grâce-Berleur, Quaregnon et la maison du peuple de Jolimont marquent l’engagement de la socialiste.

La dernière étape, Bande, a une portée historique, l’armée allemande y a tué 34 civils en décembre 44, mais aussi personnelle. "Mon père, qui a échappé au massacre car il donnait cours à l’ULB, est revenu sur place et a sauté sur une mine", explique Véronique De Keyser avant d’évoquer ses pleurs probables lorsqu’elle se recueillera sur la tombe. Sa voisine lui adresse un geste de réconfort. Elle poursuit sur l’Europe, symbole de réconciliation.

Une étape 3bis complétera le périple : le cimetière de Cortil-Noirmont et ses 2 250 tirailleurs nord-Africains tués en mai 1940. Les précisions logistiques animent le quart d’heure suivant. Tous ont un ami qui peut ceci, une adresse où trouver cela. La candidate écoute maintenant une militante de longue date, dont les campagnes électorales se comptent sans doute par dizaines. La routine est bien établie : contact avec le candidat de la région, relais dans les sections locales, recherche des fanfares du coin, etc. Une arrivée surprise détourne la conversation. L’interruption est mise à profit pour consulter la carte.

Reprise en main de l’agenda. Les propositions pleuvent. La candidate interroge : "Qu’y a-t-il là?". Le menu est varié : réunion pour fixer les tournées communes de collage, barbecues, débats, événements liégeois. Véronique De Keiser tempère : il lui faut pénétrer d’autres milieux que Liège. Ses relations lui donnent accès aux communautés marocaine, libanaise, turque ou congolaise. Précision aux troupes : "Je ne veux pas faire de la Palestine un "argument de vente" , cela me rend malade de faire des votes sur leur dos. Je maintiens mon discours mais ce n’est pas mon seul combat".

Le (dés)ordre du jour se poursuit : un courrier à tous les présidents, secrétaires, trésoriers des sections, un autre pour demander qui, dans l’entourage, peut aider, coller, distribuer. Seul problème : comment gérer les réponses positives, acheminer le matériel ?

Les plats sont servis. Hésitation pour savoir qui a pris des croquettes. Retour à la géographie de campagne : l’aînée raconte qu’un jour Moureaux lui a dit qu’il "n’avait rien" en Luxembourg et qu’il s’est appuyé sur elle. Elle déroule à nouveau : les endroits où "ce sont tous des cathos", les cités sociales fort peuplées où il faut aller, les marchés où le public est réceptif . A son âge, elle ne peut plus "trotter" mais elle peut former des équipes, organiser des distributions conjointes. Véronique De Keyser sourit : "Tu es une industrie à toi seule".

Les assiettes se vident au moment du bilan "matos". Combien de cartes pour untel ? Faut-il réimprimer ? Qui mettra sous enveloppe (indispensable pour la fédé bruxelloise) ?

Il est 14 h 20. Certains se lèvent. En guise d’au revoir : "Dites-moi juste quand vous avez besoin de moi"

Deux semaines plus tard, les sets de table sont remplacés par l’épaisse nappe du Goût du Sud, en bord de Meuse. On commande rapidement. La serveuse est déjà passée deux fois. La quinzaine a été rude. Sur la Batte, des militantes ont été rabrouées vertement. Véronique De Keyser déplore une campagne "en dessous de la ceinture" mais recentre la réunion sur les points faibles et sur le bilan matériel, car la limite de dépenses approche. Les activités se sont enchaînées, trois ou quatre par jour. Elle ne les détaille pas toutes mais tient à alimenter ses porte-parole quant à ses prises de position et à leur transmettre un "parfum de campagne". Elle les amuse avec une "expédition qui a tourné en quenouille. Les rires sont au rendez-vous. Indispensables pour regonfler le moral.

Les tajines sont servis fumant. L’assemblée en vient aux chiffres : plus de budget pour un dernier mailing, que faire des 100 000 cartons "Panini" multilingues déjà imprimés ? Un malentendu en confiait 60 000 à un participant. Il faudra les écouler. Porte d’entrée vers la communauté marocaine, il rassemblera des jeunes et "diffusera un max à Bruxelles et dans le Hainaut". Il mentionne encore un "bon deal" avec un candidat turc pour les glisser dans un mailing. Les derniers rendez-vous sont pris. Véronique De Keyser choisit avec prudence les cercles où elle met les pieds. Ses positions, sur la laïcité ou la place de la femme dans la société notamment, le lui imposent.

Plat de résistance, la journée du 4 juin. "Qui vient?", "Combien y a-t-il de places?". Véronique De Keyser demande que son équipe propose des noms, "on redistribuera après". Une série d’invitation est partie mais il n’y a pas encore de réponses. Dans son car, elle souhaite une société diversifiée. Dernière touche à son tableau symbolique.