"Un nouveau départ"

C’est dans la grande salle de l’Université du Caire et devant une assemblée de 3 000 personnes où se mélangeaient étudiants, ministres, membres du Parti national démocrate (PND, au pouvoir) ou de l’opposition que le Président américain a délivré son allocution au monde arabe et islamique. Obama en visite à Dresde et Buchenwald Edito: Obama impose le respect Israël officiellement satisfait "Ira-t-il plus loin que les mots ?" "Cesser de diaboliser l’Amérique" Les images d'Obama au Moyen-Orient

Jacques Goditiabois
"Un nouveau départ"
©EPA

Correspondant au Caire

C’est dans la grande salle de l’Université du Caire et devant une assemblée de 3 000 personnes où se mélangeaient étudiants, ministres, membres du Parti national démocrate (PND, au pouvoir) ou de l’opposition que le Président américain a délivré son allocution au monde arabe et islamique.

Barack Obama a commencé par dresser l’historique des relations entre les Etats-Unis et le monde islamique, regrettant que les extrémistes, "qui sont une minorité", exploitent les difficultés qu’elles rencontrent. Plus largement et pendant une heure, il a abordé un large éventail de problèmes, de la démocratie en passant par la condition des femmes, l’accès à l’instruction ou encore le droit des minorités religieuses, chrétiennes ou autres, à exercer librement leur religion. Ainsi, il n’a pas hésité à fustiger ceux qui dans l’opposition prônent la démocratie et qui une fois au pouvoir, s’empressent d’abolir les libertés.

Le Président des Etats-Unis a proposé un nouveau partenariat avec le monde musulman. "Tant que nos relations seront définies par nos différends, nous donnerons du pouvoir à ceux qui sèment la haine plutôt que la paix, à ceux qui font la promotion du conflit plutôt que de la coopération. Ce cycle de méfiance et de discorde doit s’achever", a affirmé Barack Obama. "Je suis venu chercher au Caire un nouveau départ entre les Etats-Unis et les musulmans à travers le monde, un départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel, un départ fondé sur cette vérité que l’Amérique et l’islam ne s’excluent pas, et n’ont pas besoin d’être en concurrence."

Barack Obama a largement évoqué le problème israélo-palestinien, mettant en relief toutes les souffrances du peuple juif à travers les siècles pour culminer avec l’horreur de l’Holocauste. "Vendredi je me rends à Buchenwald qui fut une partie du réseau des camps où les juifs ont été mis en esclavage, torturé, tué et gazé." Et, en réponse à Ahmedinejad, le Président iranien, il a ajouté : "Le nier fait preuve de bassesse, d’ignorance et est haïssable." Mais il a mis en parallèle le drame des Palestiniens, musulmans ou chrétiens, qui "souffrent d’être sans patrie, depuis plus de soixante ans".

Pour Ahmed Maher, ex-ambassadeur d’Egypte à Washington avant de devenir ministre des Affaires étrangères, c’est "un discours équilibré et franc qui a le grand mérite de ne pas donner de leçons, inspiré du mouvement des grandes religions afin de promouvoir une politique de tolérance abordant les problèmes internes que ce soit des Palestiniens ou des droits de la femme". Ce discours, souligne Ahmed Maher, est empreint de tolérance vis-à-vis d’autrui avec un refus de la violence pour imposer une politique ou des principes par la force. "C’est un discours avec un mélange de mea culpa et de critiques des autres qui peut servir de base pour un dialogue fructueux", ajoute-t-il.

L’allocution de Barack Obama, qui a été à plusieurs reprises chaleureusement applaudie, se démarque par sa sincérité et sa franchise mais également par sa rigueur. C’est, selon Ahmed Maher, "un discours qui insiste sur le fait que les Etats-Unis ne désirent pas imposer une idéologie ou même leur politique". Bref, dans son ensemble, ce discours a été perçu comme une page qui se tourne, une ouverture nouvelle et porteuse d’espoirs