La 1re pandémie du XXIe siècle est déclarée

L'Organisation mondiale de la santé a - enfin ? - décidé de passer en phase d'alerte maximale. Mais à ce stade, la sévérité demeure toutefois modérée. Le Royaume-Uni en tête des pays les plus à risque Le passage en phase d’alerte maximale ne devrait rien changer Notre dossier Grippe A H1N1 La Grippe A H1N1 en images

L. D.
La 1re pandémie du XXIe siècle est déclarée
©AP

Des jours, voire des semaines qu’on le pressentait. Voilà qui est fait : à l’issue de la réunion de son comité d’urgence, jeudi après-midi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a pris la décision de relever le seuil d’alerte pour l’épidémie de grippe A/H1N1, passant en phase 6, ce qui correspond au niveau maximal de son échelle. Pour la première fois depuis 41 ans (1), l’OMS a donc déclaré un état de pandémie mondiale. "Le virus ne peut pas être arrêté ; nous avons décidé de passer de la phase 5 à la phase 6", a fait savoir lors d’une conférence de presse la directrice de l’OMS, Margaret Chan, soulignant toutefois que la pandémie "peut être globalement considérée comme d’une sévérité modérée à ce stade". Et d’inviter au passage les pays membres à ne pas fermer les frontières, ni limiter les voyages et le commerce internationaux. A ce titre, jeudi en soirée, les autorités européennes disaient "ne voir aucune raison de céder à la panique", promettant des mesures pour réduire l’impact de la pandémie après le passage à la phase d’alerte maximale.

Il n’empêche que la directrice générale de l’OMS a également mis en garde les pays déjà touchés par la grippe A/H1N1 contre une deuxième vague de cas à laquelle il fallait se préparer. "La maladie provoquera de nouveaux décès mais on ne s’attend pas à une hausse soudaine du nombre de cas mortels", a-t-elle déclaré à ce propos. S’il faut en croire les estimations du numéro deux de l’OMS, le Dr Keiji Fukuda, le virus "va circuler dans le monde entier pendant un à deux ans". Aussi l’OMS a-t-elle prié les laboratoires pharmaceutiques de "s’atteler rapidement" à la production d’un vaccin contre le virus A/H1N1, une fois la production de vaccin contre la grippe saisonnière terminée

Pour justifier cette nouvelle étape que constitue le passage du niveau d’alerte 5 à l’échelon maximal, l’agence onusienne attendait suffisamment de preuves que le nouveau virus, apparu fin mars aux Etats-Unis puis au Mexique, se propage bien localement dans une région autre que le continent américain, critère géographique retenu pour déclencher cette phase ultime. Pour ce faire, le Dr Margaret Chan avait convié, mercredi, lors d’une téléconférence, les ministres de la Santé des huit pays les plus affectés "pour tenter de voir s’ils ont des preuves incontestables de transmission locale". Sur base de ces informations, la numéro un de l’OMS a rédigé un rapport présenté jeudi au comité d’experts, dont on connaît à présent la position.

L’évolution, ou plutôt l’explosion du nombre de cas en Australie et au Chili ces derniers jours a probablement aussi été un élément déterminant, d’autant que quatre cas ont été admis aux soins intensifs en Australie, cinquième pays le plus touché.

Il faut dire que certains observateurs s’étaient quelque peu étonnés ces derniers temps de voir l’OMS tarder à prendre cette décision, lui reprochant de craindre un effet de panique et ses inévitables répercussions sur les plans politique, économique ou encore touristique. Pour certains experts étrangers à l’OMS, le nombre de cas avérés de par le monde suffisait à déclencher la phase 6. Et de fait, alors que la maladie affecte désormais plus de 28000 personnes dans le monde, touchant 74 pays, l’organisation maintenait depuis le 29 avril le niveau d’alerte 5 signifiant que la pandémie est "imminente".

Quoi qu’il en soit, la chose est à présent entendue : la première pandémie du XXIe siècle est bel et bien officiellement déclarée. Mais que l’on ne s’y méprenne pas, le passage à cette phase signifie "simplement" que le virus continue à se propager, mais non que la sévérité de la maladie a augmenté. Jusqu’ici, la mortalité qui y est associée demeure à peu près équivalente à celle de la grippe saisonnière, soit 0,1 %, exception faite au Mexique où elle s’élève à 0,4 %. Et si, à ce jour, on dénombre 141 cas mortels en ce qui concerne la grippe A/H1N1, rappelons tout de même que la grippe saisonnière classique laisse chaque année derrière elle de 250000 à 500000 morts.

(1) La grippe "de Hongkong", la plus récente des pandémies grippales, a fait le tour du monde entre l’été 1968 et le printemps 1970, tuant entre 1 et 2 millions de personnes (dont beaucoup d’enfants). Pour les épidémiologistes, cette grippe est entrée dans l’histoire comme la première pandémie de l’ère moderne : celle des transports aériens rapides. La première, aussi, à avoir été surveillée par un réseau international.