La libération grâce à une rançon

Après 71 jours et 13 minutes de captivité, le navire belge Pompei et ses dix membres d’équipage, dont deux Belges, ont été libérés dimanche à 5h43 au large du port somalien de Hobyo. Pour obtenir cette issue heureuse, une rançon a été versée aux ravisseurs.Edito: Pas d'impunité pour les pirates Les pirates seront traqués"Somali, money, money" Première application de la nouvelle loi Les pirates adaptent leur stratégie

Gérald Papy
La libération grâce à une rançon
©AP

Après 71 jours et 13 minutes de captivité, le navire belge Pompei et ses dix membres d’équipage, dont deux Belges, ont été libérés dimanche à 5h43 au large du port somalien de Hobyo. Pour obtenir cette issue heureuse, une rançon a été versée aux ravisseurs. Son montant n’a pas été révélé. Mais deux chiffres permettent d’en évaluer la hauteur. A l’entame de la capture du bâtiment appartenant aux sociétés belges Jan De Nul, Deme et Herbossch-Kiere, le 18 avril à 185 km au large des Seychelles, les pirates ont réclamé une somme de 8 millions de dollars. La semaine dernière, quand les premières rumeurs sur la libération du Pompei ont couru, un porte-parole des pirates, un certain "Mohamed Ali", a annoncé qu’une rançon de 2,8 millions de dollars avait été versée. Un montant, sinon avéré, en tout cas plausible.

Les autorités belges, représentées dimanche par le ministre de l’Intérieur Guido De Padt, son collègue de la Défense Pieter De Crem et le directeur général du Centre de crise, Jaak Raes, ont insisté sur le fait que la rançon avait été payée par la société momentanée Pompei, composée des trois entreprises précitées. Et à la question de savoir si les pouvoirs publics avaient contribué d’une façon ou d’une autre au payement de la rançon, le porte-parole du Centre de crise, Benoît Ramacker, a répondu que le gouvernement ne souhaitait pas apporter davantage de précisions sur ce sujet. Et pas davantage sur une éventuelle rénumération versée à l’agent somalien qui a servi d’intermédiaire avec les pirates dans les négociations.

Un premier contact a été établi avec ceux-ci le 22 avril, soit cinq jours après la capture du Pompei, alors que le bâtiment belge avait jeté l’ancre à 3250 mètres du port somalien d’Harardheere. L’intermédiaire somalien a alors servi de "go-between" entre le négociateur des entreprises belges et les pirates, tantôt sur terre, tantôt à bord du bateau. D’après le Centre de crise, pas moins de 171 contacts téléphoniques ont été établis au cours des dix semaines de crise. Mais le "dialogue" a été rendu particulièrement difficile en raison soit des difficultés techniques de communication, soit des problèmes de compréhension liés aux différences de culture, a souligné Jaak Raes.

Pendant ces tractations, des contacts ont pu être établis directement avec le capitaine du Pompei, le Néerlandais Hendrik Toxopeus, mais pas avec les marins, dont les deux Belges Jan Verplanken et James Law (lire ci-dessous). Outre la cellule de crise installée au ministère de l’Intérieur à Bruxelles, ont participé au dispositif mis en place pour obtenir la libération des otages et instruire l’enquête pénale ouverte à Bruxelles (lire ci-contre) des militaires belges dépêchés dans la région - Djibouti avait été cité comme port d’attache il y a quelques semaines - et six enquêteurs civils (deux membres de la police scientifique et quatre de la police judiciaire de Bruxelles).

Tous ces efforts ont finalement abouti à la conclusion d’un accord sur la remise d’une rançon contre la libération des marins avec les ravisseurs, mercredi dernier le 24 juin. Mais deux écueils ont encore dû être surmontés. D’une part, il a fallu deux tentatives pour livrer l’argent aux ravisseurs. La rançon a été "droppée" par avion samedi après-midi sur le navire, après l’échec d’un premier essai. D’autre part, les conditions météorologiques, assimilées à de la mousson, ont retardé la libération du navire qui n’a finalement pu quitter les côtes somaliennes que dimanche matin.

Les autorités belges ont assuré, sur la foi des informations qu’elles ont reçues du capitaine du navire que les marins étaient en bonne santé, en tout cas pour des personnes qui ont vécu une épreuve semblable. Deux mois et dix jours de détention dans des conditions pour le moins difficiles avec, à tout le moins, des pressions psychologiques importantes.

Ces marins, il faudra encore attendre un certain temps avant de les revoir en Belgique. Le Pompei, qui navigue à faible allure (13km à l’heure maximum), est censé regagner un port sûr dans quelques jours sous la protection d’une frégate grecque de l’Opération Atalanta de l’Union européenne. Là, son équipage sera remplacé par une nouvelle équipe et les anciens captifs pourront rejoindre leur famille et leur pays. Dimanche, tous les responsables gouvernementaux se sont félicités de l’issue de la prise d’otages et de la bonne coopération entre tous les services. L’histoire dira si ce satisfecit résistera à la lumière qui sera sans doute faite dans les prochaines semaines sur les parts d’ombre qui subsistent quant au dénouement de la capture du Pompei.


Atalanta prolongéeL’Union européenne a prorogé le 15 juin d’un an, jusqu’à la mi-décembre 2010, son opération navale Atalanta en cours contre la piraterie au large de la Somalie. Les ministres des Affaires étrangères des 27 ont sans discussion pris la décision " de prolonger d’un an l’opération" , qui devait officiellement prendre fin le 13 décembre 2009 au terme de sa première année d’activité. " L’opération Atalanta a démontré son efficacité contre la piraterie, dont la menace au large de la Somalie va perdurer au-delà du 13 décembre", ont estimé les ministres. Les 27 ont souligné que cette décision précoce de prolonger la mission plus de six mois avant son terme, allait " faciliter" le démarrage des discussions entre les pays de l’UE. Cela devrait leur donner le temps de décider des moyens nationaux - frégates et avions de patrouille - qui seront mis par eux à la disposition d’Atalanta l’an prochain. L’actuelle opération, qui couvre les parages du golfe d’Aden jusqu’aux Seychelles dans l’Océan Indien, regroupe en moyenne cinq navires de guerre et deux avions de reconnaissance maritime. Sur l’ensemble de l’année, une dizaine de pays de l’UE y participent avec une vingtaine de navires, la France, l’Espagne, l’Allemagne et la Suède étant les plus gros contributeurs. La frégate belge Louise-Marie rejoindra le dispositif européen à partir du 1er septembre. (D’après AFP)

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