Le Far West chinois en proie aux plus meurtrières émeutes en trente ans

Un couvre-feu a été décrété à Urumqi par les autorités locales mardi après de nouveaux troubles ethniques dans la capitale de la région du Xinjiang, a annoncé l'agence Chine Nouvelle. Les mêmes ingrédients au Xinjiang qu’au Tibet200 personnes manifestent pour retrouver leurs proches

V. B.
Le Far West chinois en proie aux plus meurtrières émeutes en trente ans
©AP

Ce sont, selon l’organisation de défense des Droits de l’homme Human Rights Watch, les violences ethniques les plus meurtrières qui ont eu lieu en Chine en un peu plus de trente ans, en fait depuis la fin de la Révolution culturelle en 1976. Dimanche soir, des émeutes ont éclaté dans les rues d’Urümqi, la capitale du Xinjiang, une province autonome du nord-ouest du pays, majoritairement peuplée de ouïghours (des musulmans turcophones) et régulièrement en proie à des heurts ethniques. Ceux-ci ont provoqué la mort de 156 personnes et causé des blessures à quelque 800 autres, selon un bilan officiel qui pourrait s’alourdir.

Les émeutes de dimanche se sont déclenchées après que la police a commencé à arrêter des Ouïghours qui manifestaient contre la mort de deux membres de leur communauté, fin juin dans l’extrême sud-est de la Chine, lors de heurts entre des membres de l’ethnie Han (chinois de souche) et des ouvriers ouïghours. La manifestation, où défilaient deux ou trois mille personnes, a dégénéré en émeute. Les Ouïghours ont attaqué des Hans, ethnie majoritaire en Chine, selon les témoignages d’habitants.

Des dissidents ouïghours ont affirmé que la police, qui était rapidement intervenue pour rétablir l’ordre, a tiré sur la foule où se trouvaient aussi des femmes et des enfants. Des centaines d’émeutiers ont aussi été arrêtés dans cette région aux confins de l’Asie centrale, où la politique de sinisation est mal perçue par la communauté musulmane, accusée par Pékin d’accueillir des terroristes en son sein (lire ci-dessous).

La télévision chinoise a montré lundi des blessés couverts de sang, des carcasses de véhicules incendiés et des foules jetant des pierres sur les forces de l’ordre ou retournant des voitures de police, selon l’agence Chine Nouvelle. Près du marché Donghuan, des carcasses d’autobus et de voitures calcinés jonchaient les rues, tandis que des ouvriers étaient en train de réparer des barricades défoncées. Une mare de sang séché d’un mètre était visible près du marché de Donghuan, à l’est du bazar, et des briques tachées de sang étaient encore par terre.

Le calme était revenu lundi dans cette ville du grand ouest du pays. Et le gouvernement a mis les moyens pour l’y maintenir. Jusqu’à 2 000 policiers anti-émeute en uniformes kaki, casqués, armés de matraques et portant des boucliers faisaient des rondes dans les rues, tandis qu’aux intersections, des hommes des forces paramilitaires armés de fusils-mitrailleurs faisaient le guet. Des camions transportant des bergers allemands remontaient et descendaient les grandes avenues. Un calme qui, lundi soir, ne semblait pas près de disparaître.